jeudi 29 octobre 2020
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"Ramadan moubarak" : Le jeûne comme remède à la ruine de l’âme

"Ramadan moubarak" : Le jeûne comme remède à la ruine de l’âme

« Et que vous jeûniez est certes meilleur pour vous, si seulement vous saviez ! (Coran 2 : 184)

 

Introduction

Il existe une pléthore d’ouvrages écrits par les plus éminents jurisconsultes sur les aspects cultuels du jeûne. Ces écrits sont incontournables mais ne doivent pas faire perdre de vue la dimension spirituelle de ce culte au risque d’en faire une pratique sans âme sous le mode de la tradition et de l’imitation. Les lignes qui vont suivre ont pour motivation de contribuer à la mise en exergue de la signification profonde du jeûne et de ce que le fidèle peut en espérer. En filigrane, l’idée est que le jeûne bien compris et pratiqué comme il sied prépare le croyant à la maitrise de soi qui manque cruellement à la modernité occidentale mondialisée. En effet, au nom du progrès, l’homme moderne veut tout maitriser sauf lui-même, partir à la conquête de la nature sans comprendre sa propre nature. Dans ce cadre, il nous semble que le jeûne du mois de Ramadan associé à la prière, au don aux nécessiteux et à la retraite spirituelle est une méthode appropriée de lutte, pour l’agrément de Dieu, contre les mauvais penchants qui entravent l’action pour le bien, le vrai, le juste et le beau. Dans un premier axe, il est question de tirer quelques enseignements des données astronomiques relativement au début du jeûne du mois de Ramadan 1439/2018. Ensuite, sont abordés le sens du jeûne, les méditations sur le jeûne des prophètes (paix sur eux) et comment tirer profit du jeûne du mois de Ramadan.

Quels enseignements tirer des données astronomiques ?

  • La conjonction prochaine est attendue le mardi 15/05/2018 à 11h 47min (UTC) ;
  • Cela correspond à 11h 47min heure légale de Dakar (pas de décalage horaire) et 14h 47min heure légale de la Mecque (3h de décalage horaire) ;
  • Pour Dakar, les calculs de Patrick Rocher, IMCCE – Observatoire de Paris) donnent : première visibilité du croissant de Lune, le mercredi 16/05/2018, élong. = 17,01°, haut. Lune = 16,28°. Coucher du Soleil à 19h 29,7min, coucher de la Lune à 20h 45,5min, âge de la Lune 31,70h ;
  • Pour la Mecque, première visibilité du croissant de Lune, le mercredi 16/05/2018, élong. = 15,11°, haut. Lune = 13,46°. Coucher du Soleil à 18h 51,3m, coucher de la Lune à 19h 56,7m, âge de la Lune 28,06h ;
  • Les conditions astronomiques seront telles que le nouveau croissant de Lune sera visible à l’œil nu et/ou à l’aide d’instruments optiques là où le ciel sera suffisamment dégagé dans le monde et notamment en Afrique et en Asie, le Mercredi 16 mai 2018 ;

D’où, il vient que le jeudi 17 mai 2018 devrait être le premier jour du mois de Ramadan 2018/1439 dans la majeure partie du monde y compris le Sénégal et la Mecque.

NB : si, différemment de ce qui est attendu, aucun témoignage visuel n’est validé au Sénégal le mercredi 16 mai 2018, en application de la règle du comptage de 30 jours le mois en cours, le premier jour du mois de Ramadan serait le vendredi 18 mai 2018. Ce cas de figure serait en flagrante incohérence avec les données astronomiques !

NB : si on se base sur le calcul astronomique pour déterminer le calendrier musulman, comme nous le préconisons, sans tenir compte de la visibilité ou non du nouveau croissant de Lune, le premier jour du mois commence au coucher du Soleil qui suit la conjonction qui, elle-même, marque le début d’un nouveau cycle lunaire. Pour la cartographie des zones de première visibilité, voir[1]

Pourquoi jeûner ? 

 De la prescription du jeûne

Le jeûne du mois de Ramadan est le quatrième pilier de l’islam, inscrit dans le Coran et les hadiths, et fait l’objet de consensus (ijmâ ‘) au sein de la Oumma pour ce qui est de son caractère obligatoire. L’obligation du jeûne intégral du mois de Ramadan a été prescrite au mois de Cha ‘bân de la deuxième année de l’hégire par ces versets : « Ô qui croyez ! Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédés, ainsi serez-vous vertueux » (Coran 2 : 183) Pour ce qui est de la Sounna, la seconde référence de l’islam avec le Coran, voici un hadith unanimement rapporté :  « L'islam est bâti sur cinq : l'attestation qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d'Allah, l’accomplissement de la Salât, l’acquittement de la Zakât, le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage. » 

Le jeûne comme constante cultuelle

Avant la prescription obligatoire du jeûne du mois de Ramadan, le jeûne d’Achoura (10e jour du mois de Muharram) était pratiqué par le prophète (saws) et les musulmans. De par son infinie sagesse (hikmah), Dieu a révélé les versets du jeûne du mois de Ramadan à Médine tenant compte du contexte inapproprié pour l’accomplissement d’un tel culte à la Mecque. Le verset susmentionné indique que le jeûne a été prescrit avant l’avènement du prophète Muhammad (saws), ce qui témoigne de sa grandissime importance et de son caractère de culte irremplaçable dans la formation spirituelle des croyants de tout temps et de partout sur terre. En effet, indépendamment de l’époque et du lieu, tout croyant a besoin de dominer ses mauvais penchants pour être libre de dire et de faire ce que Dieu agrée.  

Jeûner rien que pour Dieu

Le fidèle doit pratiquer le jeûne dans l’intention de plaire à Dieu et d’obtenir son agrément et se garder d’être motivé par l’imitation d’une « tradition », des avantages sanitaires ou autres. Le but est de jeûner pour cultiver la quiétude intérieure au sens d’une âme apaisée parce que refusant de céder aux pulsions néfastes et aliénantes de la chair qu’il ne s’agit pas de réprimer mais de domestiquer. Et cela n’est possible que lorsque par la pratique du jeûne, le fidèle démontre qu’il est à même de se protéger contre les « offres » trompeuses de son âme charnelle, de Satan et du clinquant du monde.

Jeûner pour savoir

Sachant que Dieu est Tout Compatissant et Tout Sage, le musulman pratique le jeûne tout en tenant pour vrai qu’aucun de Ses commandements ne peut relever de la frivolité, du jeu, de l’absurde ou de l’inutile, que tout ce qu’Il commande de faire reflète Sa compassion (rahmah) et Sa sagesse (hikmah). Par la pratique du jeûne, le fidèle apprend à mieux connaitre comment se défendre contre ce que son âme charnelle, Satan et le monde lui suggèrent dans le but de le détourner de son plus profond souhait, à savoir, se rapprocher de Dieu. En jeûnant pour l’agrément de Dieu et comme Dieu le veut, ce qui implique de s’inspirer de l’exemple du prophète Muhammad (saws), le fidèle découvre progressivement les inestimables et insondables secrets de ce culte : « Et que vous jeûniez est certes meilleur pour vous, si seulement vous saviez ! (Coran 2 : 184). Tout cela fait qu’il ne peut y avoir de place dans une compréhension authentique de l’islam pour le statut de « croyant non pratiquant »

A la lumière de cette portion de verset susmentionnée, l’on comprend que ne pas jeûner au prétexte de fausses excuses ou par une pure volonté de rébellion, c’est faire montre d’une forme d’ignorance qui s’ignore. Il faut jeûner pour savoir fermer les portes de ce qui peut nous éloigner de Dieu et faire obstruction à Son agrément et à Son amour. Dans ce cadre, le croyant qui jeûne tient pour vrai que c’est seulement dans la pratique sincère et authentique du jeûne, c’est-à-dire, quand il se met en posture de résister volontairement aux appels de la consommation, de la copulation et de la convoitise, qu’il est à même d’accéder à la connaissance qui libère et rapproche de Dieu.

Jeûner pour garder le lien avec Dieu

C’est ainsi que face à cette foultitude d’«offres » visant à exciter et toujours plus exciter les appétits du ventre, du sexe et de l’œil, bref de tous les sens,  ou pour susciter sa colère par toutes sortes de provocations, le fidèle ne cède « pour rien au monde », se disant « je ne veux pas rompre mon jeûne »

C’est juste une façon de parler, car, en vérité, ce que le jeûneur ne veut pas rompre, c’est le lien avec Dieu et pour le prouver effectivement, de façon répétée pendant 29 ou 30 jours, il s’abstient de donner au monde la possibilité d’alimenter son âme charnelle aux fins de la ruiner : « La promesse d’Allah est pure vérité. Que la vie en ce bas monde ne vous séduise pas, et que ne vous abuse point au sujet d’Allah le trompeur[2]» (Coran 31 : 33)

Jeûner pour ne pas céder à l’idolâtrie de la convoitise

Le fidèle refuse d’être trompé par le monde en appliquant cette méthode du jeûne qui consiste à s’abstenir des plaisirs de la chair et à nourrir son âme charnelle de la lecture méditée de la parole de Dieu, de la prière, du zikr, des invocations de demande de pardon (istighfâr) et de repentir (tawbah). Plus cette âme charnelle se nourrit de ces pratiques cultuelles, et plus, elle se met en posture de pouvoir se protéger contre toute incitation au mal quelque attirant et séduisant qu’il puisse être. Il est écrit dans le Coran que c’est en leur suggérant, sous le statut trompeur de « bon conseiller », de manger de l’arbre interdit que Satan est parvenu à exciter l’âme charnelle d’Adam et Eve aux fins de la transgression qui sera à l’origine de leur exclusion du paradis. Le couple en question n’a pas fait le choix de « jeûner l’arbre interdit » et en mangea, la suite est connue. La pratique du jeûne a pour but d’apprendre au fidèle à recouvrer sa liberté face au monde pour se mettre en position de regagner le paradis par le truchement de la reconstruction du lien avec Dieu.

Jeûner pour retourner au paradis

Pour retourner au paradis perdu, il est indispensable de démontrer que pour nous, l’amour et l’agrément de Dieu sont plus forts que tout le reste comme ont réussi à le faire les deux patriarches Abraham et Ismaël (paix sur eux) face à l’épreuve du sacrifice. Le père a accepté de perdre un héritier si magnanime et conçu si tardivement, pour être digne de l’amour et de l’agrément de Dieu, et de son côté, le fils a agréé ne pas avoir d’avenir dans ce monde ici-bas pour la même motivation que son père. Si Abraham (paix sur lui) n’avait pas « jeûné » l’amour du fils providentiel, et si Ismaël (paix sur lui) n’avait pas fait de même vis-à-vis du désir de vivre le plus longtemps possible ici-bas, le fidèle qui veut maintenir le lien avec Dieu n’aurait pas de qui et de quoi s’inspirer. 

Le jeûne comme remède au progrès déshumanisant

Par le jeûne du Ramadan, pendant un mois lunaire sur les 12, le fidèle est en posture «passive» d’abstinence, de fermeture des « canaux » du monde pour aller à la rencontre de la transcendance et se libérer de l’idolâtrie des plaisirs charnels qui se traduisent dans le productivisme, la consommation superflue ainsi que le mimétisme aliénant. A cette civilisation occidentale de plus en plus mondialisée qui se veut modèle de modernité et de progrès, au nom de laquelle l’humain ne veut rien s’interdire, et où s’affrontent inexorablement les désirs insatiables de puissance et de jouissance, avec comme conséquence une course rapide vers une catastrophe humaine et écologique aux effets imprévisibles et imparables, le remède peut être le jeûne. Car qu’est-ce qui est à la source de cette crise de civilisation si ce n’est ce que le Coran dit de nos désirs de vaincre la mort, de conquérir la nature et de changer de nature ?

Si cette question est bien posée, alors le lien avec le jeûne va de soi. Il nous apprend à freiner ces ambitions démesurées et vaines par une méthode de lutte pertinente en ce qu’elle agit directement non pas sur la raison, qui n’est pas en cause, mais sur la racine du mal, la soumission à notre âme charnelle érigée en divinité : « N’as-tu donc pas vu celui qui a pris sa passion pour divinité ? » (Coran 25 : 43) 

Il s’agit d’apprendre par la pratique du jeûne, à domestiquer les pulsions de colère, d’orgueil, de revanche, de violence, de jouissance et de consommation sans limites car sans, le fidèle ne peut être à la hauteur ce que Dieu attend de lui.   

Méditations sur le jeûne des prophètes (paix sur eux) et autres vertueuses personnes

Marie (paix sur elle), « jeûner la parole » pour laisser parler qui de droit

Selon le Coran, Marie a pratiqué le jeûne de la parole à la naissance de Jésus (paix sur lui), sur ordre de Dieu : « Mange donc, bois, et réjouis-toi ! Et si tu vois quelqu’un d’entre les humains, dis : ‘«Assurément, j’ai voué un jeûne au Tout Miséricordieux : je ne parlerai donc aujourd’hui à aucun être humain’ » (Coran 19 : 26). Peut-être que ce jeûne prescrit à Marie avait pour but de lui faire expier son souhait de mourir plutôt que de donner naissance, sans être mariée, à un enfant de surcroit sans père ! Mais peut-être qu’aussi, l’un excluant pas l’autre, sans que Marie ne s’en rende compte, c’était pour lui éviter de se fourvoyer en tentant de se défendre coûte que coûte et ainsi, laisser la vérité éclore par la bouche de Jésus (paix sur lui).

David (paix sur lui), le jeûne du calife et du juge

Le hadith nous dit que la meilleure fréquence de jeûne est celle pratiquée par le Prophète-Roi David (paix sur lui), un jour sur deux toute l’année. Le Coran n’utilise pas le terme de Roi pour David (paix sur lui) mais associe à son règne les termes de Khilâfah et de Hukm « Ô Dâwûd, Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité parmi les gens et ne suis pas ta passion, sinon elle t’égarera du sentier d’Allah. » (Coran : 38/26). Il fut donc un gouvernant et un juge, ce qui peut laisser penser qu’il y a une relation entre ces fonctions et ce statut de David (paix sur lui) et la pratique régulière du jeûne. Aux fins de bonne gouvernance, le jeûne est à n’en pas douter, une aide appropriée en ce qu’elle est une méthode de lutte contre les mauvais penchants qui poussent le gouvernant à toutes sortes de corruption, de mal gouvernance et d’injustice ainsi que le juge à ne pas prononcer une sentence équitable à l’endroit des parties prenantes du litige qui lui est soumis.

 

Joseph (paix sur lui), le jeûne du premier intendant du pays

Il est aussi rapporté sans que la source soit d’une fiabilité irréfutable, que le prophète et intendant de l’Egypte, Joseph (paix sur lui) jeûnait régulièrement pour ne pas oublier les nécessiteux partout dans le pays.

Moïse (paix sur lui), jeûner pour recevoir les tables de la Loi et pour demander pardon

Selon l’Ancien Testament, le prophète Moïse (paix sur lui) a jeuné 40 jours et 40 nuits à deux occasions, une première pour être en posture spirituelle appropriée en tant que dépositaire des tables de la Loi (at-tawrât) au mont Sinaï, et une seconde pour demander pardon au nom de son peuple qui avait adoré le veau d’or.

Jésus (paix sur lui), jeûner pour triompher à jamais de Satan

Dans le nouveau Testament est rapporté le jeûne de Jésus (paix sur lui) pendant 40 jours dans le désert pour faire mentir Satan qui pense pouvoir séduire et vaincre tout le monde.    

Le sceau des prophètes Muhammad (saws), jeûner presque tout le temps

Il a jeûné 9 fois le mois de Ramadan, le jour d’Achoura avant la prescription du Ramadan, de même qu’il jeûnait les lundis et jeudis de chaque semaine, les trois jours « blancs » de chaque mois lunaire (13, 14 et 15), les 6 jours du mois de Chawwâl qui vient après le Ramadan, le jour d’Arafat, une bonne partie du mois de Cha ‘bân. Et c’est durant le mois de Ramadan qu’il effectuait une révision complète du Coran avec l’ange Jibrîl (paix sur lui), ce qu’il fit deux fois lors de l’année de son rappel à Dieu.  

Comment tirer profit du jeûne du mois de Ramadan ?

Deux conditions incontournables

Pour tirer un maximum de profit du jeûne du mois de Ramadan, il convient d’abord de ne pas oublier qu’en islam, deux conditions sont requises pour qu’un acte cultuel soit considéré comme accepté de Dieu : i) al ikhlâs (la sincérité) au sens de dire ou faire rien que pour obtenir l’agrément de Dieu, ii) as-sawâb (la conformité) en ce que l’acte en question respecte les modalités enseignées par le prophète (saws). Dans ce cadre, le jeûneur doit cultiver dans le très-fonds de son être, l’intention de faire ce culte pour Dieu au sens de s’en rapprocher. Ce faisant, il renouvelle sa fidélité à l’Alliance d’écoute et d’obéissance qu’il a acceptée : « Souvenez-vous donc des bienfaits de Dieu, et du pacte qu'Il a conclu avec vous, lorsque vous dites : « Nous avons entendu et nous obéissons. Craignez Dieu, car Il connaît ce qu’il y a au fond des cœurs » (Coran 5 : 7)

De l’intention de jeûner

Pour certains jurisconsultes fuqahâs, il suffit de formuler intérieurement l’intention an-niya de jeûner tout le mois de Ramadan alors que pour d’autres, il est préférable de la reformuler tous les jours de jeûne avant l’aube. Pour satisfaire la deuxième condition (la conformité), il est nécessaire de connaitre les enseignements et la pratique du prophète (saws) durant les 9 fois qu’il a eu à jeûner le mois de Ramadan. Tout cela est détaillé dans les livres portant sur les pratiques cultuelles musulmanes et de nos jours dans les divers créneaux de l’information. Etant entendu qu’il faudra faire attention à la fiabilité des sources consultées avec l’aide des oulémas.

 

Préparation morale et spirituelle au jeûne

Dès l’avènement du mois de Ramadan, il est une règle de bienséance selon les oulémas que de demander pardon à ses prochains, de se repentir de ses péchés et de corriger les torts dont on est l’auteur autant que faire se peut avant d’entamer le jeûne. 

Le jeûne du mois de Ramadan et les attributs divins de compassion et de sagesse

Le fidèle qui a une contrainte doit s’adresser aux oulémas pour savoir la règle à lui appliquer selon qu’il s’agisse de maladie, de voyage, de menstrues, de lochies, de vieillesse, etc. Il peut s’agir de compenser plus tard les jours de jeûne non effectués ou d’offrir à des nécessiteux un repas ou son équivalent en espèce (selon certains jurisconsultes). A travers ces compensations, apparaissent les attributs de compassion (rahmah) et de sagesse (hikmah) de Dieu qui, parce-qu’Il est rahmân, rahîm, hakîm, ‘alîm, tient compte de ce qui est supportable pour les fragiles êtres humains que nous sommes, et prévoit des alternatives face à des circonstances critiques.   

Jeûner et ne pas perdre son jeûne

Puis, commence la pratique du jeûne en tant que tel qui consiste, par foi et confiance en Dieu, le Tout reconnaissant qui sait rétribuer les bonnes œuvres, à s’abstenir de s’alimenter, de boire, d’entretenir des relations sexuelles, ainsi que d’actes y assimilables (commis de façon volontaire le cas échéant), de l’aube au coucher du Soleil durant les 29 ou 30 jours du mois lunaire. S’ajoutent aux abstinences liées au ventre et au bas ventre, celles relatives aux yeux, à la langue et à l’ouïe. Toute parole indécente, dispute, et choses y assimilables ainsi que les images impudiques ne sont pas compatibles avec une pratique authentique et saine du jeûne.

Il en découle que les fréquentations et lieux qui suscitent les plaisirs de la chair seront à éviter par le jeûneur. Toute forme d’ostentation et de « voyez-moi » par des gestes ou propos visant à faire savoir aux autres qu’on est en train de jeûner est contraire aux exigences de ikhlâs déjà mentionné. Le fidèle sincère dans sa pratique devra s’en méfier car lorsque le hadith nous dit « Il est possible qu'un jeûneur ne récolte de son jeûne que la faim et la soif et il est possible que quelqu'un qui prie la nuit ne récolte de sa prière que la fatigue » (Ibn Khouzeima et al Hakim), il faut en comprendre que ce risque touche aussi bien la sincérité de l’intention que les actes et les propos du concerné. Un autre hadith d’ajouter : « Celui qui n’abandonne pas les paroles vaines et les mauvaises actions, alors Dieu n’a pas besoin qu’il abandonne sa nourriture ni sa boisson » (Boukhari).

 Le jeûne, le mois de Ramadan et le Coran : des liens forts

Le mois de Ramadan est le mois anniversaire de la descente du Coran ou des premiers versets selon une autre interprétation. Chaque mois de Ramadan correspond donc à l’anniversaire de ce moment unique où la dernière révélation vient féconder l’histoire humaine. C’est ainsi que le prophète (saws) effectuait une révision de tout ce qu’il avait reçu une fois par an en compagnie de Jibrîl (paix sur lui) et l’année de son rappel à Dieu, il le fit à deux reprises. Il est donc justifié d’être assidu à la lecture méditée du Coran, d’en profiter pour faire une lecture complète pour la première fois le cas échéant, ou une révision intégrale. Le hadith nous dit que le jeûne et le Coran demanderont à intercéder en faveur du jeûneur : « Le jeûne et le Coran intercèderont en faveur du serviteur le Jour de la Résurrection. Le jeûne dira : "Ô Mon Seigneur ! Je l'ai empêché de se nourrir et de satisfaire son désir, prends moi donc comme intercesseur en sa faveur". Et le Coran dira : "Je l'ai empêché de dormir la nuit, prends moi donc comme intercesseur en sa faveur." Et ils intercèderont.» (Ahmed)

Quelle joie de savoir que Dieu acceptera la demande d’intercession de cette belle et patiente abstinence et de cette lecture soigneuse du Coran en faveur du vrai jeûneur ! D’où il vient qu’il est méritoire d’être particulièrement assidu à la lecture méditée du Coran, aussi bien dans la journée que lors des prières communautaires ou individuelles du soir. Le faire, c’est renouveler sa foi en parcourant 6000 versets et quelques qui représentent les environs 23 ans durant lesquels la dernière révélation divine, à travers le Coran, a fécondé l’histoire de l’humanité pour le meilleur : «C’est dans ce mois de Ramadan que le Coran a été descendu pour servir de guidance aux hommes, et comme preuves claires de la bonne direction et du discernement» (Coran 2 : 185) 

Le jeûne comme stimuli de la reconnaissance envers Dieu (chukr) et comme catalyseur d’une solidarité agissante.

La pratique du jeûne apprend au fidèle à éprouver dans sa chair, au-delà d’une simple émotion, la faim et la soif, ce qui doit le rendre conscient de sa dépendance vis-à-vis de Dieu et de Ses bienfaits et l’inciter à rompre avec l’ingratitude banalisée envers Lui «Alors qu’il y a peu de Mes serviteurs qui sont reconnaissants » (Saba : 13) ; « Et si vous comptez les bienfaits d’Allah, vous ne saurez pas les dénombrer. Car Allah est Pardonneur, et Miséricordieux » (Coran 16 : 18). La faim et la soif ainsi ressenties par le jeûneur doivent le pousser aussi à témoigner sa solidarité agissante à ses prochains et lointains qui sont privés de tout ou presque, partout dans le monde. Dans ce cadre, on comprend que le prophète (saws) redoublât de largesses dans la charité durant le mois de Ramadan.  

Quand 1 vaut plus de 29 000

Le Coran nous dit que le mois de Ramadan contient la nuit de Qadr (laytalul qadr) qui vaut plus de 1000 mois d’adoration (environ 29 000 nuits ou 83 ans) : « Nous l’avons fait descendre la nuit de Qadr. Qui te fera savoir ce qu’est la nuit de Qadr ? La nuit de Qadr vaut mieux que mille mois. En cette nuit, descendent les Anges et l’Esprit (l’Ange Jibrîl) avec la permission de leur Seigneur (et avec les ordres) pour toutes choses. Paix elle est jusqu’à l’aube » (Coran 97) ; « Nous l’avons fait descendre en une nuit bénie, Nous sommes en vérité Celui Qui avertit » (Coran 44 : 3) Cette nuit d’une valeur cultuelle unique réservée à la Oumma du Coran et du prophète Muhammad (saws), est à chercher selon les hadiths dans les impaires de la dernière décade. Elle n’advient qu’une fois dans l’année lors du mois de Ramadan d’où l’importance d’y être particulièrement attentif par la prière, les invocations et la demande de pardon. Lorsque notre mère Aïcha, qu’Allah l’agrée, demanda au prophète (saws) quoi dire si on est en nuit de Qadr, ce dernier répondit : « Tu dis : Ô Allah ! Tu es certes Celui qui pardonne et tu aimes le pardon alors pardonne-moi » (allahumma innaka ‘afuwwun tuhibbul ‘afwa fa ‘fu ‘annî)  

Jeûner pour ne plus jamais avoir soif  

Il existe une boisson qui étanchera à jamais la soif des jeûneurs : « Il y a certes dans le paradis une porte que l'on appelle 'Ar Rayan'[3]. C'est par elle que les jeûneurs vont entrer le jour du jugement et personne d'autre qu'eux ne rentrera par cette porte. Lorsque le dernier d'entre eux sera rentré, cette porte sera fermée. Celui qui y entre boira et celui qui boira n'aura plus jamais soif » (Ibn Khouzeima)

 

Un secret entre Dieu et le jeûneur 

Pour avoir « jeûné les mauvais penchants de la chair et le clinquant du monde », la rétribution devient un secret que Dieu garde entre Lui et le jeûneur : « Toutes les bonnes œuvres du fils d’Adam sont démultipliées du simple au décuple, jusqu’à sept cents fois, dit Allah — Exalté soit-Il —, sauf le jeûne, qui M’appartient et J’en octroie la rétribution ; (le serviteur) abandonne son désir, sa nourriture et sa boisson pour Moi. » ;  « Le jeûneur éprouve deux joies, une première lors de la rupture du jeûne, et une seconde lorsqu’il retourne à son Seigneur. L’haleine du jeûneur est plus parfumée auprès d’Allah que le musc. » (Mouslim)

 

Jeûner pour être entendu de Dieu  

Il existe une relation entre le jeûne et l’invocation. En effet, les hadiths nous disent que le mode d’acquisition (licite ou non) de la nourriture et de la boisson influe sur la suite que Dieu accorde à l’invocation du fidèle. Si le concerné s’est procuré ce qu’il consomme par des moyens illicites comme le vol, la corruption, toutes sortes de tromperies et d’usurpation, un gain indu, l’usure, le trafic de stupéfiants ou de personnes, la prostitution, etc., alors Dieu n’exauce pas ses invocations. En d’autres termes, on ne peut pas agir contre l’agrément de Dieu et bénéficier de Sa sollicitude sans une demande de pardon ou un repentir entre les deux : « Et quand Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet… Alors, Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque quand il M’invoque. Qu’ils répondent à mon appel et qu’ils croient en Moi afin qu’ils soient bien guidés » (Coran 2 : 186)   

On comprend alors que le cœur et la langue de quiconque agit de sorte soient maculés de taches qui forment un écran entre lui et son Seigneur. Que dire alors du jeûneur qui est dans un état de dé-consommation voire d’a-consommation ?  De ce fait, il est entendu de Dieu car pour consommer de l’illicite, il faut d’abord consommer, ce qui n’est pas son cas. Voici des hadiths qui parlent de l’état privilégié du jeûneur en rapport avec ses invocations du début à la fin du jeûne : « Voici trois invocations qui sont exaucées : l’invocation du jeûneur, l’invocation de l’opprimé, et l’invocation de voyageur » (al bayhaqi) ; « Le jeûneur a pour lui une invocation exaucée au moment où il rompt son jeûne » (Ibn Mâjah) ; « Et tout musulman dispose, de jour comme de nuit, d’une invocation exaucée » (al Bazzâr) 

Jeûner le jour et prier le soir, un gage d’expiation et de pardon des péchés d’avant le Ramadan

Les péchés antérieurs au Ramadan sont expiés et pardonnés au jeûneur eu égard à l’acte du jeûne et aux prières surérogatoires du soir : « « Les cinq prières, le vendredi jusqu’au suivant et le Ramadân jusqu’au prochain expient ce qui est commis entre eux, si les péchés majeurs sont évités » (Muslim) Les oulémas expliquent que ce qui est dû à autrui doit être restitué autant que faire se peut et les péchés majeurs (al kabâ-ir) requièrent le repentir. Deux autres hadiths peuvent être cités dans ce même registre : « Quiconque jeûne le mois de Ramadan avec foi et dans l’espérance de la rétribution (de Dieu) verra ses péchés antérieurs pardonnés » (Bukhari et Muslim) ; « Quiconque accomplit les prières du soir durant le Ramadan avec foi et dans l’espérance de la rétribution (de Dieu) verra ses péchés antérieurs pardonnés » (Bukhari et Muslim)

En ce mois, il est recommandé d’accomplir les prières du soir (tarawih) en communauté derrière un imam qui récite soigneusement le Coran mais il est permis de les faire seul ou en famille. 

Jeûne et gestion du temps

Le fidèle devra être vigilant en évitant tout ce qui peut annuler son jeûne pour ne pas en tirer que la soif et la fin notamment de perdre son temps dans des activités sans valeur cultuelle ou tout simplement inutiles. C’est un mois qui ne doit pas être un prétexte au gaspillage, à la gourmandise, au sommeil excessif, à la paresse, au non-respect des horaires de travail, etc., même s’il reste légitime de réduire le temps de travail (de production) si possible, pour mieux se consacrer au jeûne et autres cultes y associés.

Quand donner vaut jeûner

Donner un repas de rupture ou son équivalent vaut au bienfaiteur la rétribution associée au jeûne de la personne bénéficiaire du don : « Celui qui nourrit un jeûneur pour la rupture du jeûne aura la même récompense que lui sans que cela n'enlève rien à la récompense du jeûneur » (Tirmizi)

Se retirer du monde pendant 10 jours pour mieux revenir

Les 10 derniers jours du Ramadan, le prophète (saws) pratiquait une retraite spirituelle dans sa mosquée et incitait sa famille à redoubler d’efforts dans le culte étant donné que la luit de Qadr est à rechercher dans la dernière décade, la meilleure de ce mois et de tous les autres. Après son rappel à Dieu, les épouses du prophète, mères des croyants, ont perpétué cette Pratique du prophète (saws). 

Jeûner pour être libre d’être au service de Dieu

C’est un mois durant lequel, le jeûneur s’efforce d’éviter toute forme d’ostentation manifestée par une attitude, un comportement ou un propos, de fermer tous les « canaux » du ventre, du bas-ventre, de la vue, de la langue, de l’ouïe, qui incitent l’âme charnelle au mal, et tout comportement contraire aux exigences du jeûne. Car, il s’agit d’apprendre à consacrer résolument toute son énergie à ce qui rapproche de Dieu et de résister à tout ce qui est susceptible de nous en détourner. 

Hygiène alimentaire du jeûneur

Il est recommandé de prendre le repas du soir tardivement et au plus tard une dizaine de minutes avant la prière de Subh et de rompre dès le coucher du Soleil avec des dattes (riches de nombre d’éléments bénéfique à la santé du jeûneur sans rien exagérer) si disponibles ou un équivalent alimentaire sinon avec de l’eau. Il est utile de tenir compte des conseils des diététiciens qui sont les oulémas de la bonne alimentation pour savoir quoi et comment se nourrir et boire durant le mois de Ramadan tout en gardant de équilibres nécessaires à la bonne santé du corps en temps de jeûne.

Autres manifestations des attributs divins de compassion et de sagesse

Les deux attributs de compassion Rahmah et de sagesse hikmah ressortent encore dans le temps légal du jeûne de l’aube au coucher du soleil, et un mois entier sur 12. En effet, le jeûneur a l’occasion de « reprendre son souffle » après la rupture et de se voir autorisé à nouveau la nourriture, la boisson et les relations conjugales. A noter aussi que le jour « musulman » étant variable en durée, le jeûneur expérimente différentes durées dans le mois et dans l’année, et il est de même pour les saisons. Il faudra aussi réfléchir à la sagesse qui se cache derrière la prescription du jeûne d’abord pour la partie diurne du jour, ensuite pour un mois entier et aussi pour une fréquence de 1/12 ! La prescription coranique du jeûne est telle que compte est tenu de la vulnérabilité et de la fragilité des êtres que nous sommes et prévoit des situations critiques où le corps ne pourrait supporter le jeûne ou le faisant, serait exposé à de graves dangers pour sa santé. On ne jeûne pas pour mourir mais pour se donner les moyens spirituels d’être au service de Dieu et non de ses mauvais penchants. D’où les compensations prescrites au fidèle qui est dans un état difficilement conciliable avec les exigences du jeûne : le voyageur, le malade, la personne âgée, etc. Si nous étions à même de savoir tout ce que la pratique du jeûne recèle de bienfait de toute sorte, nous aurions souhaité le faire tout le temps de notre petite vie sur terre.

La Taqwa comme promesse du jeûne du mois de Ramadan

Il est utile de se rappeler le verset qui a prescrit le jeûne obligatoire du Ramadan pour découvrir la promesse y associée : « Ô vous qui avez cru ! Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédés, ainsi attendriez-vous la crainte » (Coran 2 : 183) Par la particule (la ‘alla), rendue maladroitement par « peut-être que » dans certaines traductions du Coran, ce verset met en relation la pratique du jeûne et cette vertu cardinale de la spiritualité musulmane qu’est la Taqwa. D’ailleurs cet effet attendu du jeûne explique pourquoi il a été aussi prescrit aux générations de croyants d’avant la révélation du Coran selon des modalités non précisées. Le croyant tient pour vraie cette relation et peut s’il le souhaite chercher à comprendre de quelles façons le jeûne peut avoir l’effet Taqwa pour le fidèle ? On ne peut tenter de répondre à cette question de façon satisfaisante sans une profonde réflexion sur ce qu’est le jeûne concrètement et ce que nous dit le Coran sur la Taqwa.

Dans la spiritualité musulmane, la Taqwa est une vertu au sens d’une disposition spirituelle positive contraire au vice. Le terme qui n’est pas facile à traduire par un seul mot est souvent rendu dans la littérature par « crainte » ou « piété » ou « vertu » En tout cas, les oulémas expliquent que c’est un état spirituel que le fidèle qui en est imbu éprouve dans le très-fonds de son être et qui le fait penser avant tout à se protéger de ce qui peut susciter le courroux de Dieu. Plusieurs définitions en ont été données par les oulémas, chacune révélant telle ou telle autre dimension de la Taqwa, ce qui laisse comprendre que celle-ci est l’objet d’une quête permanente. Dans ce cadre, l’éminent et défunt exégète tunisien, Ibn Ahour, en dit ceci dans son commentaire du Coran : « Du point de vue de la Charia, la Taqwa se définit comme étant la posture qui consiste à se protéger de la ma ‘siyah et c’est parce-que le jeûne permet cela qu’il a été prescrit » Il convient de noter que lorsque les oulémas parlent de « ma ‘siyah », ils entendent le péché, c’est-à-dire, la transgression des commandements de Dieu. 

Puisque le Coran qui est une guidance (hudan) met en relation le jeûne et la Taqwa, il est fondé de se dire que ce qui est prescrit au jeûneur recèle les germes de celle-ci ou constitue une méthode appropriée pour en être imbu. Dans ce cadre, il faudrait analyser ce que peut faire tout le jeûne sur tout l’être humain pour comprendre la nature de la relation susmentionnée sans oublier que la promesse de Taqwa est tenue en fonction de la qualité du jeûne. De quelles informations dispose-t-on pour tenter de comprendre l’effet Taqwa attendu du jeûne ?

Pour y répondre, il est utile de retenir qu’une recension des termes coraniques de « nafs » (âme charnelle) et de « hawâ » au sens de passions donnent ceci : le « nafs » (âme charnelle) ne cesse de susurrer (waswasah) ; le « nafs » incite à la magie ; le « nafs » porte en elle une propension au Fujur (perversion) et à la Taqwa ; le salut est condition de la capacité à purifier le « nafs » ; laissé à lui-même, le « nafs » a tendance à inciter au mal ; le Coran donne des exemples tragiques de ce que l’âme peut faire faire à l’humain ; le « nafs » peut-être érigé en divinité et étouffer le libre arbitre ; les incitations du « nafs » sont un ennemi de la raison et de la vérité ; les passions du « nafs » ont conduit au meurtre de prophètes (paix sur eux) ; obéir aux passions du « nafs » mène à l’injustice et à s’écarter du droit chemin dans l’exercice de l’autorité politique et de l’administration de la justice ; la maitrise du « nafs » contre la domination des passions est une condition d’entrée au paradis ; obéir aux passions empêche l’élévation spirituelle et laisse s’installer l’insouciance dans le cœur ; obéir aux passions du « nafs » est un écran à la guidance de Dieu et à la véritable connaissance ; qui sont sous la domination des passions sont égarés et se mettent à égarer autrui ; la sujétion du libre arbitre par les passions du « nafs » conduit à une mauvaise interprétation des signes de Dieu « âyât » ; c’est être injuste que de préférer les passions du « nafs » à la connaissance et à la vérité venant de Dieu ; qui obéit à ses passions voit ses mauvaises actions embellies par Satan ; si les passions du « nafs » dominaient le monde, il en résulterait le chaos pour le monde ; la préférence donnée aux passions conduit au rejet de l’appel des prophètes (paix sur eux)   

Il ressort principalement de cette recension que ce « nafs » dont nous ignorons la nature, laissé à lui-même a plutôt tendance à inciter au mal, c’est-à-dire que sa tendance ou sa propension au Fujûr l’emporte sauf s’il en est empêché. Cette information est capitale en ce qu’elle justifie la nécessité d’intervenir sur le « nafs » pour qui veut la domestiquer et la discipliner. C’est en cela que la méthode du jeûne est grandement pertinente vu qu’elle vise à apprendre au fidèle à lutter de façon appropriée contre le Fujûr du « nafs » Le musulman tient pour vrai que par la médiation de la révélation coranique notamment la prescription du jeûne, il devient libre de l’emprise carcérale des passions du « nafs » Quand la propension au Fujûr du « nafs » triomphe sur celle à la Taqwa, c’est la ruine et la tragédie qui se profilent à l’horizon. Donc c’est seulement lorsqu’on maitrise les « canaux » par lesquels la propension à la perversion du « nafs » est alimentée que l’on peut être libre d’être au service de Dieu selon les termes de référence de la vocation de calife que Dieu a assignée à Adam et sa postérité.

Lorsque les désirs du « nafs » sont satisfaits pour être satisfaits, la raison se met à son service et alors s’ouvrent les portes de toutes sortes de monstruosités que Satan aide à embellir sous des visages trompeurs. Connait-on le moindre mal qui ne soit commis sous la « pression » du « nafs » ? D’où notre thèse selon laquelle le jeûne est une école de civilisation au sens où il est une méthode qui permet à l’homme de corriger l’erreur qui est en train de nous coûter cher au nom du progrès et de la modernité, à savoir, vouloir tout maitriser sauf nous-mêmes. A quoi cela sert de tout maitriser si la convoitise, la jouissance, la puissance, la vengeance, l’égoïsme, l’infatuation de sa personne, bref, les mauvais penchants de toutes sortes motivent les attitudes et comportements des humains ?

A travers la pratique du jeûne tel que prescrit pas le Coran, le fidèle interdit au « nafs » le « carburant » dont il a besoin comme pour la voiture afin de faire faire la mal. C’est ainsi que le jeûne apprend au fidèle à construire la capacité de refuser de donner au « nafs » sa disposition d’instigateur du mal. Car, combien de fois, se croit-on libre d’adopter telle attitude et d’agir de telle façon lors qu’à nos mauvais penchants nous sommes asservis ? A travers la prescription du jeûne, le Coran nous apprend que la vraie liberté a pour condition la maitrise de soi, c’est-à-dire de ses passions. Il s’agit donc de rester souverain de soi contre la tyrannie des mauvais penchants. Plus sa volonté est soumise à la sujétion des passions du « nafs », plus l’humain perd la capacité de faire de sa vie quelque chose de sublime. 

Le Coran nous fait le récit de la tyrannie des passions du « nafs » et de ses effets tragiques à travers de nombreux cas dont nous retenons les deux suivants : il s’agit du premier homicide volontaire commis par un fils d’Adam contre son frère : « Son âme l'incita à tuer son frère et il le tua. Il fut ainsi du nombre des perdants » (Coran 5 : 30) Dans le deuxième cas, il est question de la femme d’une haute autorité en Egypte au temps du prophète Joseph (paix sur lui). Passionnément éprise de ce jeune homme à la beauté angélique, elle tente de le séduire. Joseph (paix sur lui) finira en prison malgré sa chasteté et son innocence. La tentatrice finira par avouer : « Je ne cherche point à m’innocenter : ‘l’âme en vérité aime pousser au mal, sauf pour celui auquel Dieu fait miséricorde’ » (Coran 12 : 53)

Le musulman qui tient pour vrai que le Coran est la parole de Dieu tire de ce qu’Il lui dit de la nature et du comportement du « nafs », que le jeûne agit dans le but de lui «couper les vivres» : « Nous avons effectivement créé l'homme et Nous savons ce que lui susurre son âme et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire » (Coran 50 : 16)

Le Coran nous amène à comprendre que plus nos envies liées au ventre, au bas-ventre, à la langue, à la vue, à l’ouïe, sont satisfaites sans retenue et plus le « nafs » se comporte en instigateur du mal au sens de nous pousser à la transgression. Et si par amour de Dieu et volonté de se rapprocher de Lui à travers l’observation de Ses commandements, le musulman pratique un jeûne sincère et de qualité, cela lui donne la force spirituelle de faire prédominer la propension à la Taqwa du « nafs »

En d’autres termes, le jeûne apprend au musulman à ne pas subir passivement le monde, de réguler son rapport à lui de sorte à ce que dans la satisfaction de ses besoins, il privilégie la passion pour l’amour et l’agrément de Dieu (ridwân minallah). Et pour « rien au monde », il n’acceptera d’en être détourné : « Dieu a promis aux croyants et aux croyantes des jardins sous lesquels coulent des rivières, où ils séjourneront pour l’éternité, et des habitations où il fait bon vivre dans les jardins d’Eden. Mais la satisfaction qu’ils auront d’Allah sera plus grande encore. Voilà le succès suprême » (Coran 9 : 72) Il ne maitrise pas ses passions juste pour les maitriser, il sait que c’est la condition pour préserver son libre arbitre et mettre en œuvre sa vocation d’agir pour ce que Dieu aime : le bien, le vrai, le beau et le juste.

Rien de surprenant alors, répétons-le, que le jeûne du Ramadan soit une école de civilisation où l’humain apprend dans sa chair, par l’abstinence, et son esprit notamment à travers la prière et la lecture méditée du Coran, à ne pas être trompé par le clinquant du monde. L’esprit du jeûne laisse comprendre que c’est une méthode toujours pertinente tant qu’il y aura la nature humaine et les désirs qui lui sont associés, et tant qu’il y aura ce désir insatiable en l’humain de conquérir la nature, de changer sa nature et d’être immortel.  

A cette fin, il n’est pas insensé de se fier à la parole de Dieu et au commandement du jeûne comme nécessité et pas option pour réussir cette lutte la plus grande qui soit pour la civilisation, à savoir, la maitrise de soi aux fins de s’accepter, de collaborer avec l’autre et la nature en toute harmonie. En effet, lors de la pratique du jeûne, le fidèle s’abstient de satisfaire des besoins naturels pendant le jour et tout ce qui peut exciter les plaisirs sensoriels de façon répétée pendant 29 ou 30 jours. La nuit constitue un temps de prière et de satisfaction des besoins du corps, le plus important étant que c’est la volonté de respecter le commandement de Dieu qui prime et dicte au « nafs » ce qui lui est permis et non le contraire. 

Les « canaux » qui alimentent le « nafs » sont contrôlés alors que le cœur et l’esprit du jeûneur sont alimentés par la lecture méditée du Coran, et si possible il donne aux démunis montrant qu’il veut aider et non dominer. S’il est provoqué, il ne répond pas, car ne voulant pas consacrer son énergie à la revanche ou des comportements de ce genre. Avec le jeûne, le musulman apprend à contrôler sa colère car il ne veut rien d’autre que dominer les passions de son « nafs » qui veulent l’empêcher d’avoir les attitudes, les comportements et les actes que Dieu aime et agrée.  

Si Abraham et Ismaël (paix sur eux) n’étaient pas imbus de Taqwa, ils auraient obéi à la raison instrumentée par le « nafs » instigateur de désobéissance. Le père n’aurait pas accepté le sacrifice du désir naturel de regarder son enfant grandir et le fils pas l’envie d’avenir. Ce n’est donc pas par hasard que la Taqwa soit ce que Dieu attend du musulman qui commémore l’épreuve du sacrifice : « Leur chair, pas plus que leur sang, ne parviendront à Dieu. Mais c’est votre piété qui lui parviendra » (Coran 22 : 37) 

C’est ainsi que le Coran fait des imbus de Taqwa les meilleurs de l’humanité, les proches et alliés de Dieu, Ses bien-aimés, ceux qu’Il guide, à qui il accorde la vraie connaissance, et le discernement, pardonne leurs fautes, facilite leurs entreprises, trouve des issues heureuses à leurs difficultés par des voies insoupçonnées. Ce n’est pas pour rien que le conseil invariable aux croyants de tout temps et de partout a été la Taqwa : « Nous avons déjà recommandé à ceux qui ont reçu le Livre et avant vous, ainsi qu’à vous-mêmes : ‘Craignez Dieu !’ » (Coran 4 : 131) 

 Nous affirmons donc que le jeûne est une école d’éducation à la vraie civilisation qui met en avant la maitrise de soi, un humanisme authentique et une invitation à un rapport harmonieux avec la nature sous le mode de la frugalité.

 

Ahmadou Makhtar kanté

Imam, écrivain et conférencier

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[1] https://www.moonsighting.com/1439rmd.html

http://www.icoproject.org

 

[2] le terme coranique est « al gharûr », c’est une allusion à Satan expliquent les commentateurs dont le projet ultime est de faire en sorte que les fils d’Adam se trompent et s’écartent du droit chemin, la « sirâtal mustaqîm » 

[3] Les oulémas expliquent que c’est le nom que les arabes donnent à une personne qui a bu à satiété

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