jeudi 29 octobre 2020
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Pour un calendrier musulman basé sur le calcul astronomique, les critères de l'Imam Kanté

Pour un calendrier musulman basé sur le calcul astronomique, les critères de l'Imam Kanté

Pour un calendrier musulman basé sur le calcul astronomique, selon l'Imam Kanté deux critères suffisent : L'instant de la conjonction vraie et l'instant du coucher du soleil

Cadre théorique, méthodologie et application.

Introduction

La question principale est : « Comment concevoir et réaliser un calendrier lunaire commun à toute la Oumma, sur des bases acceptables du point de vue de la Charia et qui intègrent l’astronomie et les sciences connexes ainsi que les enjeux de notre époque ? » Etant entendu que la réponse attendue doit porter fondamentalement sur la détermination des débuts et fins de chacun des 12 mois lunaires, ce qui permet d’en déduire les dates des événements particuliers du calendrier musulman. Perdre de vue cet aspect du problème conduit à d’incessantes, inutiles, et insolvables polémiques. Les musulmans ont besoin de savoir avec le plus de précision possible le temps légal pour la zakat, l’observation du délai de viduité, le mois de Ramadan, les mois du pèlerinage, le jour d’Arafat, les trois jours de la fête du sacrifice, le jour d’Achoura, etc. Aussi, il ne s’agit pas de « balancer » des dates ou des heures du culte musulman sans aucune base si ce n’est le « copier-coller » de sources dont la fiabilité n’a pas été établie et qui plus est, de la part de gens qui ne sont connus ni pour leurs compétences scientifiques ni pour celles en sciences de la Charia. C’est ainsi qu’on voit circuler des heures et minutes de prières sans aucune spécificité géographique ou des messages du genre « le Ramadan commence à telle date » sans préciser pour quel pays et sur quelle base. L’islam ne mérite pas cette cacophonie et cette légèreté qui sont semble-il de mode : tout se permettre avec l’islam pour vendre ou se vendre.

Ce genre de fantaisies a pignon sur rue étant donné que nombre de musulmans se comportent comme des naïfs prêts à tout accepter et relayer en flagrante contradiction avec les enseignements de base de l’islam qui invite à s’adresser aux savants du domaine en question, à vérifier et arbitrer entre différents arguments. Dans cette contribution revue et actualisée, nous déclinons les fondements théoriques d’un calendrier musulman basé sur le calcul astronomique, la méthodologie adoptée et une application du modèle à la détermination de ce Ramadan 1439/2018 pour Dakar, la Mecque et Paris. Ce texte constitue une synthèse des recherches que nous avons entreprises sur le sujet depuis plus de 5 ans et dont les résultats ont été exposés en détails dans notre livre Astronomie et Charia publié en 2016/1437H à Dakar.

 

Selon les prémisses de notre cadre théorique, le premier jour du nouveau mois musulman commence au coucher du Soleil qui suit l’instant de la conjonction vraie (nouvelle lune), que le croissant de Lune soit visible à l’œil nu et/ou avec l’aide d’instruments optiques ou pas. Les avis de deux grands oulémas contemporains militent en faveur de cette option : l’égyptien Ahmad ibn Muhammad Châkir (m. 1958)[1] et le libanais, Cheikh Faysal al Mawlawi (m. 2011)[2]. Voici ce que dit le premier : « (…) Si la disparition du motif de l’illettrisme implique que l’on doive désormais se baser uniquement sur le calcul, il convient de se baser sur le calcul exact de la naissance du croissant, sans tenir compte de la possibilité ou de l’impossibilité de le voir »[3] 

Voici ce que dit Cheikh Fayasal al mawlawi dont l’avis est plus systématique : « (…) Pour nous, il est obligatoire de recourir au calcul scientifique pour déterminer les débuts et fins de mois lunaire. A cette fin, nous devons tenir compte du court instant (lahzah) de la naissance de la Lune et le considérer comme le début du nouveau mois lunaire. Selon cette option, le premier jour du nouveau mois lunaire est le jour qui suit le coucher du Soleil après la naissance de la Lune même si c’est pour un court instant (lahazât)[4]. Il s’agit des premiers instants où la Lune quitte la conjonction alors qu’on ne pourra la voir sur terre que des heures après. Dans le cadre de cette option, il n’est pas tenu compte de la condition obligatoire défendue par certains, de l’apparition de la Lune après le coucher du Soleil. En effet, cette condition est retenue par ceux qui considèrent que la cause juridique de la prescription du jeûne est la constatation visuelle du croissant et nous nous sommes déjà expliqués à ce sujet montrant que la cause de la prescription est l’avènement du mois et non la constatation visuelle du croissant[5] » 

Selon la perspective mawlawienne, deux critères suffisent à déterminer le début et la fin du mois lunaire : 1) l’instant de la conjonction vraie (la nouvelle Lune – début d’un nouveau cycle lunaire) ; 2) l’instant du coucher du Soleil. Il faudra juste exprimer ces instants en UTC (Temps Universel Coordonné) qui a remplacé le GMT. 

De nos jours, l’astronomie et les sciences connexes ont fait des progrès tels que l’instant de la conjonction vraie est donné à la seconde près de façon suffisamment fiable et précise pour chaque nouveau cycle lunaire. L’adoption de ces deux seuls critères pour disposer d’un calendrier musulman perpétuel revêt au moins les avantages suivants :

  1. l’instant de la conjonction vraie (nouvelle Lune) est fourni par les institutions scientifiques légitimes et fiables dans le monde entier ;
  2. s’en remettre à ces institutions permet d’éviter les interférences politiques et autres divergences qui sont de nature à empêcher une détermination commune du calendrier musulman ;
  • la connaissance de l’instant de la conjonction vraie permet d’exclure les témoignages visuels fantaisistes et farfelus sur l’apparition du nouveau croissant de Lune ;
  1. Pas besoin de construire des Observatoires coûteux qui seraient au service des oulémas de la Charia, il suffit de s’adresser aux institutions et scientifiques qualifiés en la matière, ce qui requiert une collaboration étroite et de confiance entre ces deux parties prenantes ;
  2. l’adoption d’un calendrier perpétuel basé sur le calcul astronomique permet de déterminer à l’avance les débuts et fins des mois musulmans et d’en déduire les dates importantes pour le culte ainsi que leur correspondance avec les dates civiles grégoriennes.

 

Quelles sont les références scripturaires sur ce sujet et quels enseignements en tirer ?

 

Les versets clés  

« Ils t’interrogent sur les phases[6] – Dis : « Ce sont des repères temporels pour les gens et aussi pour le Hadj[7]» (Coran 2 : 189)

Le terme coranique « ahilla » qui est traduit ici par phases désigne toutes les phases de la Lune hormis celle de pleine Lune dénommée « badr »

« Fendeur de l’aube, Il a fait de la nuit une quiétude, soumis le soleil et la lune à un calcul minutieux. Tel est le réglage établi par le Tout-Puissant, le Tout-Sage » (Coran 6 : 96)

Le terme coranique « taqdîr » traduit ici par réglage renvoie aux notions de mesure, proportion, réglage, etc. Le sens est que le Soleil et la Lune ne sont pas soumis au hasard mais aux lois fixées par Dieu, ce qui fait du monde des astres un Cosmos.  

« Le nombre de mois est de douze selon la prescription d’Allah, le jour où Il créa les cieux et la terre dont quatre sacrés » (Coran 9 : 36)

Il s’agit bien sûr de 12 mois lunaires et les commentateurs du Coran expliquent que cette précision vient du fait que les arabes manipulaient le nombre de mois auparavant et ce verset y met fin.

« C’est Lui (Dieu) qui a fait du Soleil une clarté et de la Lune une brillance, et pour celle-ci a déterminé des stations afin que vous sachiez compter le nombre des années et le calcul du temps. Dieu n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose en détail les signes pour les gens qui savent » (Coran 10 : 5)

Le terme coranique ici traduit par clarté est « dziyâ » qui renvoie à la source de la lumière. Les astrophysiciens modernes nous disent que le Soleil est effectivement la source de lumière et que la Lune ne fait que refléter celle-ci, d’où la traduction de brillance que nous proposons à la place de lumière « nûr » pour la Lune. C’est là de notre point de vue, une illustration de la façon dont les savoirs de chaque génération doivent informer le commentaire du Coran et par conséquent ses traducteurs compétents. Le terme coranique traduit par « stations » est « manâzil » qui renvoie aux différentes positions de la Lune durant un cycle complet. Il se trouve que l’astronomie moderne montre que c’est la portion de la face de la Lune (c’est toujours la même face qu’elle montre à la terre) éclairée par le Soleil qui apparait à un observateur sur Terre. D’où on comprend mieux ce lien que le verset établit entre le Soleil comme source de lumière « dziyâ » et le reflet de cette lumière « nûr » par la Lune sans laquelle la face qu’elle présente toujours à nous autres terriens ne nous serait pas visible. Il faut savoir « toucher » aux commentaires anciens du Coran en les fécondant par les nouveaux savoirs et ce faisant, ne pas mentir aux soifs légitimes et irrépressibles de connaissance des nouvelles générations de musulmans et de quiconque essaye de comprendre en quoi le Coran est le « miracle » que le prophète Muhammad (saws) a laissé à toute l’humanité.

En d’autres termes, il ne s’agit pas de verser dans un concordisme naïf ni de pratiquer l’obscurantisme par le truchement de l’antiscience au prétexte de rester fidèle au texte. D’ailleurs, on peut remarquer que le verset se termine par une adresse aux « gens qui savent » Le Coran nous enseigne donc que Dieu a fait de telle sorte que les gens qui savent, c’est-à-dire, qui sont compétents pour décrypter les signes « âyât » du Soleil et de la Lune sauront en tirer des procédés de calcul du temps. Il est clair que ce sont les oulémas de l’astronomie et des sciences connexes qui sont visés ici et non ceux d’un autre domaine du savoir fut-il appelé « sciences de la Charia » A noter au passage que le terme utilisé dans ce verset est « hisâb » traduit fidèlement par calcul. A ce propos, il est utile de faire la différence entre la science du calcul « ‘imul hisâb » et la pratique du dénombrement ou du comptage « ‘adad » En effet, tout le monde peut compter ses doigts mais pour envoyer une navette dans l’espace, ou prédire une éclipse, ou construite une lunette pour un ouléma myope ou presbyte, ou déterminer les parts d’héritage, ou de Zakat, pour ne citer que ces exemples, il faudra savoir calculer. Et les savants musulmans arabes ou non ont apporté des contributions incontournables au développement des algorithmes et autres procédés de calcul qui sont utilisés jusqu’à présent par les astronomes du monde entier.

« Et pour vous, Il a assujetti la nuit et le jour, le soleil et la lune à une perpétuelle révolution. Et Il vous assujetti la nuit et le jour » (Coran, 14: 33)

Le terme utilisé dans ce verset est « dâ-ibayn » qui renvoie à la course continue de ces deux astres, ce qui nous ramène encore à la régularité et à la répétition de phénomènes cosmiques si important pour la méthode scientifique de prédiction, notamment le calcul des éphémérides.  

« Nous avons fait de la nuit et du jour deux signes, et Nous avons effacé le signe de la nuit, tandis que Nous avons rendu visible le signe du jour, pour que vous recherchiez des grâces de votre Seigneur, et que vous sachiez le nombre des années et le calcul du temps. Et Nous avons expliqué toute chose d’une manière détaillée » (Coran 17 : 12)

« Et la lune, Nous lui avons déterminé des stattions de telle sorte qu’elle (re)devienne comme la palme vieillie. Le soleil ne peut rattraper la lune, ni la nuit devancer le jour ; chacun vogue dans une orbite » (Coran 36 : 39-40)

A sa dernière phase, « dernier croissant » avant la conjonction (Iqtirân, position dans laquelle Soleil-Lune-Terre sont placés dans un même plan pour un observateur sur Terre), la Lune ressemble à la palme desséchée, une image à connotation végétale à laquelle les arabes du temps de la révélation du Coran étaient familiers. Le verbe « ‘âda » (retourner à l’origine, revenir au point de départ) utilisé dans ce verset indique qu’il s’agit d’un cycle. Et qui dit cycle dit possibilité de calculer sa fréquence vu que c’est un phénomène régulier et répétitif. Sans cette régularité du cycle lunaire, il serait impossible aux spécialistes de la mécanique céleste de procéder au calcul des éphémérides sur la base d’équations que les spécialistes maitrisent. Le terme coranique traduit ici par orbite est « Falak ». Tabari, le célèbre et pionnier en matière de commentaire du Coran, dit qu’il faut avoir l’humilité de reconnaitre que les seules ressources de la langue arabe, langue du Coran, ne suffisent pas à faire comprendre ce à quoi revoie le terme de « falak » dans le ciel. On peut en comprendre « comme quelque chose qui vogue dans une voie qui lui est propre ». De nos jours, le mot « orbite » semble être le plus proche de ce que les versets « cosmiques » laissent comprendre. L’idée est que les astres sont soumis à des lois (sunan) qu’il appartient aux astronomes de découvrir progressivement. Tout est là dans ces versets pour dire que Dieu a établi des lois telles que le cycle de la Lune se prête au calcul « afin que vous sachiez compter le nombre des années et le calcul du temps » 

« Le Soleil et la Lune sont soumis à un calcul minutieux » (Coran 55 : 5)

Le terme coranique traduit par calcul est « husbân ». Il a la même racine que le terme « hisâb » déjà vu. Il faudra bien un jour expliquer comment se fait-il que le Coran regorge d’un aussi grand potentiel pour inciter à la science des astres et que la Oumma qui s’en prévaut se trouve dans l’emprise carcérale d’une posture « anti-calcul » au nom de ce même Coran ou des hadiths que nous allons examiner plus-bas. Si l’on sait par ce que nous enseignent les sciences de la Charia « al ‘ulûmuch-char ‘iyah) qu’un hadith authentique ne saurait contredire le Coran, il n’est pas possible d’opposer ce qu’on trouve dans la Sounna du prophète Muhammad (saws) sur le cycle lunaire à la Sounna de Dieu y afférente, c’est-à-dire, des lois qu’Il a fait de telle sorte que le calcul du mois lunaire soit possible. 

 

Les hadiths clés 

Sur l’estimation du mois

« Jeûnez si vous le voyez et cessez de jeûner si vous le voyez. Si les nuages vous gênent, estimez-le à trente (30) jours ». Il existe des variantes de ce hadith où l’expression « faqdurû lahû » (estimez-le) n’est pas associée à un nombre. Il y a aussi l’expression « complétez le nombre »

Sur le calcul astronomique

« Nous sommes une Oumma illettrée, nous n’écrivons pas et ne calculons pas, le mois est ainsi et ainsi, c’est-à-dire, tantôt 29 et tantôt 30 » (Boukhari et Mouslim).  

Que peut-on tirer de ces références scripturaires ?

Le Soleil et la Lune sont soumis par le Créateur et Maitre des mondes à un calcul minutieux ;

Pour le calendrier musulman, le Coran indique que l’année compte 12 mois lunaires, ce qui est une base de stabilité et d’unité pour la Oumma en la matière ;

En rapport avec la lumière du Soleil, la Lune est soumise à des phases qui permettent à ceux qui connaissent ce domaine de calculer le temps que dure chaque mois lunaire, ce qui est une invitation aux musulmans à exceller dans toutes les sciences qui étudient les astres ;

Les hadiths indiquent que le mois musulman ne peut compter moins de 29 et plus de 30 jours ;

Les oulémas n’ont pas la même compréhension de l’expression du prophète (saws) relative à l’estimation du mois lunaire, certains considèrent qu’il faut s’en tenir au comptage de 30 jours pour le mois en cours et d’autres y voit une possibilité de recours au calcul astronomique ; 

L’existence d’un hadith qui mentionne le calcul (hisâb) astronomique s’entend pose les bases d’une discussion sérieuse sur la possibilité d’élaboration d’un calendrier musulman basé sur le calcul astronomique. 

 

Discussion

Quels sont les arguments les plus décisifs des défenseurs de la constatation visuelle obligatoire ?

 

L’existence d’un consensus (Ijmâ ‘) au sein des Oulémas. Pour certains oulémas parmi lesquels de grandes figures du Droit islamique, de la théologie et de l’étude des hadiths comme Ibn Taymiya et Ibn Hajar, Il existe un consensus (Ijmâ ‘) sur l’obligation de l’observation visuelle du croissant de Lune pour déterminer le mois lunaire. Selon ce point de vue, c’est seulement et seulement si le croissant de Lune est visible à l’œil nu que le mois musulman commence et le cas non échéant, le mois en cours est estimé à 30 jours.  Cette position est adossée à des hadiths du genre : « jeûnez si vous le voyez et rompez si vous le voyez » ; « …Si vous ne le voyez pas estimez le (mois en cours) à 30 jours ». Les oulémas défenseurs de ce point de vue ajoutent souvent le commentaire suivant : « le prophète (saws) n’a pas dit « si vous ne voyez pas demandez aux savants du calcul astronomique » Il découle de ces hadiths selon les défenseurs de l’observation visuelle obligatoire du croissant de Lune que tout autre moyen ou mode de détermination du mois lunaire n’est pas acceptable ou valide du point de vue de la Charia.

Les critères de facilité, d’accessibilité et de prévention des divergences. Selon les défenseurs de l’observation visuelle obligatoire, par sagesse (hikma), la Charia vise toujours à rendre facile et accessible à tous les fidèles les pratiques cultuelles, et aussi à prévenir des divergences au sein de la Oumma, d’où la consécration définitive de la constatation visuelle du croissant de Lune qui remplit le mieux ces critères. 

La confusion et la méfiance. Les défenseurs de l’observation visuelle obligatoire du croissant de Lune ne font souvent pas de différence entre astrologie et astronomie et laissent entrevoir par ailleurs une méfiance sur la fiabilité et la précision des prédictions astronomiques.

Récapitulons pour dire que selon les défenseurs de l’obligation de l’observation visuelle, voici la pratique légale du point de vue de la Charia : au soir du 29e jour du mois lunaire en cours, les musulmans observent à l’œil nu le ciel et si le croissant de Lune est aperçu, le mois compte 29 jours et le lendemain est alors le 1er jour du mois suivant. Si le ciel est nuageux et gène la vision oculaire alors on ajoute un jour au mois en cours, ce qui fait qu’il est estimé ou considéré compter 30 jours et c’est le surlendemain qui est considéré être le 1er jour du mois suivant.

Quels sont les arguments les plus décisifs des défenseurs du calcul astronomique ?

 

Pas de consensus selon la définition stricte que les principologues (usîliyyûn – oulémas des fondements du droit islamique) donnent à cette notion.  

Pour les oulémas comme l’érudit marocain, Al Ghimari, qui remettent en cause le supposé consensus sur l’obligation de l’observation visuelle, il est plus juste de parler de position majoritaire (jumhûr) et non de consensus (Ijmâ ‘) en la matière. Parmi les arguments les plus décisifs qui remettent en cause ce consensus, on peut décliner les suivants :  

La pratique du compagnon du prophète (saws), Abdullahi ibn ‘Umar (Qu’Allah lagrée). Au soir du 29e jour du mois de Cha ‘bân (mois qui précède celui du Ramadan) ce dernier observait et jeûnait le lendemain s’il voyait le croissant de Lune. Ce qui veut dire que dans ce cas de figure, il considérait que le mois en cours comptait 29 jours. Si le ciel était dégagé et qu’il ne voyait pas le croissant de Lune, il comptait 30 jours ce mois et jeûnait le surlendemain. Si le ciel était nuageux et qu’il ne voyait pas le croissant de Lune, il jeûnait le lendemain considérant que celui-ci (le croissant de Lune) était présent. Ce qui veut dire, dans ce dernier cas de figure, qu’il procédait à une estimation selon laquelle le mois fait 29 jours et que ce sont les nuages qui empêchaient de voir le croissant de Lune. La pratique de ce compagnon ne correspond pas à ce qui est communément considéré comme une tradition établie, à savoir, compter 30 jours le mois de Cha ‘bân si au soir du 29e jour le ciel est nuageux et gêne la vue. Il découle de ce qui précède que Abdullahi ibn ‘Umar procédait à une estimation (taqdîr) et considérait que la possibilité de voir le croissant de Lune ou son observabilité était suffisante pour déterminer le début ou la fin du mois de Ramadan.

 

La compréhension de l’expression « faqdurû lahû » (estimez-le) mentionnée dans les hadiths. Des oulémas des premières générations comme Mutarrif ibn chikhîr (Tâbi ‘iy, - qui a rencontré un compagnon du prophète (saws), m.87H, qutayba (m.267H), ibn surayj (m.306H), ont compris ladite expression comme une autorisation du calcul astronomique au sens de la détermination du mois musulman à travers le suivi des phases de la Lune. Quant au comptage à 30 jours le mois « faqdurû lahû thalâthîn» (estimez-le à 30) en cours, ce serait un procédé optionnel pour les musulmans incompétents en matière de calcul astronomique.

 

Confusion entre la cause légale et le moyen. Selon les défenseurs du calcul astronomique, il s’est introduit dans ce débat une confusion lourde de conséquence sur la position des uns et des autres, comme le soutient le cheikh Faysal al Mawlawi, entre ce que les principologues appellent « as-sabab ach-char ‘iy » (la cause légale d’une prescription de la Charia) et « al wasîlah » (le moyen par lequel on détermine cette cause légale). Grosso modo, les fuqahâ (oulémas du Droit islamique), expliquent que la cause légale est quelque chose de clairement définie (sans équivoque), tangible et stable (invariant) dont la présence implique l’obligation d’appliquer la prescription de la Charia en question. Le moyen (sous-entendu légal) est ce qui permet de déterminer la présence de la cause légale. Pour éviter d’utiliser des termes techniques du Droit islamique auquel le grand nombre est peu familier, il est pédagogique de donner quelques exemples relativement à la prière et à la zakat :

C’est littéralement « l’entrée » (dukhûlul waqt) de son temps légal qui est la cause légale de la prière obligatoire. En d’autres termes, c’est seulement et seulement si son temps légal advient qu’il devient obligatoire d’accomplir la prière y prescrite. Le moyen ou mode traditionnel de détermination de la cause légale d’une des 5 prières quotidiennes consistait à observer la silhouette d’un objet dans la journée et de l’horizon le soir étant entendu que c’est la position du soleil qui détermine ces paramètres ;

C’est seulement et seulement si le minimum imposable « Nisâb » des biens concernés est atteint que le prélèvement de la zakat devient obligatoire. Le moyen de le savoir est le calcul.

Le cheikh Faysal al Mawlawi note que certains oulémas défenseurs de l’obligation de l’observation visuelle pour la détermination du mois de Ramadan et par extrapolation du mois musulman, confondent la cause légale d’une prescription de la Charia avec le moyen de sa détermination. Ce cheikh s’appuie sur de grands oulémas comme An-nawawi et d’autres pour dire que c’est « l’entrée » du mois (dukhûluch-chahr) qui est la cause légale du culte y associé que ce soit le jeûne ou autre chose (pèlerinage, délai de viduité, zakat, etc.).

A notre humble avis, ce point de vue est solide et trouve son fondement dans le verset du Coran qui dit : « Et quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il jeûne » (Coran, 2 : 185). Même si certains commentateurs du Coran ont interprété l’expression « faman chahida » par la présence au sens de ne pas être en voyage, d’autres soutiennent de façon plus satisfaisante que c’est plutôt de « être au courant » qu’il s’agit. Le Coran ne donne pas un mode de détermination de l’avènement du mois de Ramadan ni d’aucun autre mois, ce sont d’autres versets déjà recensés qui indiquent que le calcul du mois musulman peut se faire à partir des phases de la Lune (« manâzil », « ahilla »). C’est donc la connaissance du début et de la fin d’un cycle lunaire qui est requis. Dans cette optique, et étant donné le niveau de connaissance rudimentaire des arabes de l’époque de la révélation du Coran en matière astronomique, l’observation à l’œil nu du nouveau croissant de Lune était le seul moyen ou mode de détermination des débuts et fins du mois lunaire.

Les arabes déterminaient les mois lunaires par l’observation visuelle avant l’islam. Il en découle qu’on peut se poser la question de savoir pourquoi le prophète (saws) trouva-t-il nécessaire de dire « Jeûnez si vous le voyez et rompez si vous le voyez » En d’autres termes, pourquoi demander aux musulmans arabes de faire ce qu’ils savaient déjà faire ? Une réponse pas du tout banale est de considérer que le prophète (saws) voulait insister sur la nécessité de séparer les mois musulmans par le moyen qui était à portée de tout le monde. De là à tenir pour obligatoire et définitif le mode traditionnel arabe de déterminer le mois lunaire, il y a un pas à ne pas franchir sans disposer de preuves irréfutables. Malheureusement, certains, obsédés par la fidélité au moyen de détermination du mois musulman mentionné dans le hadith ont fini de l’assimiler à l’objectif qui est de déterminer avec le plus de précision et de fiabilité possibles les débuts et fins des mois musulmans. Pourtant même Ibn Hajar qui soutient que l’observation visuelle est le seul mode licite de détermination du mois musulman dit que c’est pour ne pas léser les musulmans en leur rendant obligatoire le calcul astronomique que la Charia a prescrit celle-ci (l’observation visuelle).

Dans la même veine, les commentaires que deux grands oulémas du hadith comme At tirmizi et Ibn hajar font du hadith « N’anticipez pas le Ramadan de deux ou un jour » apportent un éclairage fort instructif. En effet, ils expliquent que l’objectif visé est de séparer les mois et de dissuader les musulmans de toute précipitation pour commencer le jeûne avant le début attesté du mois de Ramadan. C’est ainsi que ce hadith « Certes, le mois est de vingt-neuf jours. N'entamez le jeûne que lorsque vous apercevez le premier croissant de lune. Et si le temps est brumeux, et que vous ne pouvez l'apercevoir, complétez alors le nombre » relève du même registre : ne commencez le jeûne du mois de Ramadan que lorsque son début est attesté. Etant entendu qu’à l’époque le seul moyen à portée des arabes devenus musulmans était l’observation visuelle. On comprend que le prophète (saws) voulait attirer l’attention des musulmans à l’avènement de la prescription coranique du jeûne du mois de Ramadan, de ne pas se précipiter au risque de commencer à jeûner avant la fin du mois de Cha ‘bân

D’où il vient qu’on peut comprendre des hadiths du genre « Jeûnez si vous le voyez et rompez si le (re)voyez », l’insistance du prophète (saws) sur une séparation nette des mois musulmans pour qu’aucun culte ne soit accompli en dehors de son mois légal. Ce genre de hadith ne constitue donc et pas une preuve de « sacralisation » et d’islamisation du mode traditionnel arabe de détermination du mois lunaire.   

Ce qui précède indique qu’on est en plein dans le registre du « wasîla », c’est-à-dire la discussion sur le statut légal ou non d’un mode donné de détermination des débuts et fins des mois musulmans et non dans le registre des invariants du dogme comme ont tendance à le penser certains qui sont sous l’emprise carcérale du « littéralisme » au prétexte de la fidélité au texte. Dans ce domaine, la pratique de l’ijtihâd (effort intellectuel pour proposer une solution recevable du point de vue de la Charia à un problème nouveau ou ancien et non résolu) reste ouverte. Pour déclarer interdit un moyen donné du point de vue de la Charia, il faut des preuves irréfutables. En effet, les fuqahas (oulémas du Droit islamique) expliquent qu’il existe trois types de moyens selon la Charia : i) le moyen obligatoire ; ii) le moyen interdit ; iii) le moyen autorisé. Pour ce qui est de notre sujet, l’argument le plus décisif pourrait-on dire des opposants au calcul astronomique réside dans le respect du supposé consensus sur l’obligation de l’observation visuelle, et nous avons vu comment celui-ci était fragile et remis en cause depuis les premières générations d’oulémas jusqu’à nos jours. Nous verrons plus bas que le calcul astronomique ne peut être classé dans le type « interdit » ni « obligatoire » Cela étant dit, il ne restera que de le classer dans le type « autorisé » (machrû ‘). 

Pour les défenseurs de l’observation visuelle non obligatoire du croissant de Lune, l’analyse du problème par la cause légale comme l’a si magistralement fait le Cheikh Faysal al Mawali permet de trouver une solution satisfaisante, à savoir que rien du point de vue de la Charia ne s’oppose à l’usage du calcul astronomique en vue de la détermination des débuts et fins des mois musulmans et pas seulement du mois de Ramadan. A noter que certains oulémas qui rejettent le calcul astronomique au prétexte qu’il existe le consensus déjà mentionné considèrent ce procédé licite pour la détermination des temps légaux de prières, c’est le cas d’Al qarâfi et An-nawawi. Il en découle qu’on peut recourir au calcul astronomique pour déterminer la cause légale de la prière qui est liée aux positions du Soleil mais pas au même procédé pour ce qui est du mois musulman lié aux positions de la Lune ! 

Les oulémas qui rejettent cette analogie ou ce parallélisme disent que pour les prières, le Coran mentionne les positions du Soleil « Accomplis la Salat depuis le déclin du Soleil jusqu’aux premières obscurités de la nuit, et à la récitation du Coran assistent des témoins (anges) » (17 : 78) alors que pour ce qui est du mois musulman, les hadiths mentionnent l’observation visuelle. Pour répondre à cet argument, il faut commencer par dire que le Coran parle de l’avènement du mois (chahr) et des positions de la Lune pour le déterminer « C’est Lui (Dieu) qui a fait du Soleil une clarté et de la Lune une brillance, et pour celle-ci a déterminé des manâzil (phases) afin que vous sachiez compter le nombre des années et al hisâb (le calcul du temps). Dieu n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose en détail les signes pour les gens qui savent » (Coran, 10 : 5), tout comme il parle de temps légaux de prière et des positions du Soleil pour les déterminer « Accomplis la Salât depuis le déclin du soleil jusqu’à la tombée de la nuit… » (Coran 17 : 78) Il ne faut pas oublier que les moyens traditionnels mentionnés dans les hadiths pour déterminer les temps légaux des prières sont : la hauteur de la silhouette (midi et après-midi) et l’horizon (crépuscule et aube), le tout par l’observation à l’œil nu. Cela n’a pas empêché Al qarâfi et An-nawawi pour ne citer que ces deux grands oulémas, de théoriser l’acceptabilité du point de vue de la Charia, du recours au calcul astronomique afin de calculer les temps légaux des cinq prières obligatoires.

Au total, le rejet du calcul astronomique ne peut être fondé sur un supposé consensus bâti sur l’existence de hadiths considérés comme catégoriques sur l’obligation d’observer à l’œil nu le croissant de Lune pour déterminer le début et la fin du mois musulman. Et dès qu’on est d’accord sur le caractère autorisé (machrû ‘) du calcul astronomique, l’on comprend que les hadiths sur l’estimation à 30 du mois musulman en cours étaient juste une façon d’apporter une réponse à une contrainte qui prenait la forme du nuage à l’époque du prophète (saws). Et même là, il faut tenir compte du fait que ce qui gêne l’observation visuelle ne relève pas que du nuage. Tout cela pour dire que si nous ne savons mettre en contexte et relativiser ainsi que faire la part entre ce qui relève de l’objectif et du moyen, etc., la Oumma ne sera pas à même de guérir de ses malaises de Lune. Les générations actuelles de musulmans peuvent et doivent s’affranchir de la contrainte du nuage par un recours apaisé au calcul astronomique qui n’est rien d’autre qu’un des dons dont Dieu a fait de l’humanité, son Calife sur terre, le singulier et privilégié dépositaire.

Un hadith mal compris qui pourrait être la base d’une solution satisfaisante

Il faut commencer par dire que c’est assez surprenant de voir que le seul hadith à notre connaissance qui mentionne le calcul (hisâb) astronomique s’entend et qui devrait faire l’objet d’une analyse approfondie ne l’a pas été à sa juste valeur. Plus déroutant encore, c’est que les défenseurs de l’obligation de l’observation visuelle prétendent en tirer une « preuve » de l’interdiction du calcul astronomique pour déterminer le mois musulman. Le voici : « Nous sommes une Oumma illettrée, nous n’écrivons pas et ne calculons pas, le mois est ainsi et ainsi, c’est-à-dire, tantôt 29 et tantôt 30 » (Boukhari et Mouslim). Les défenseurs du calcul astronomique, eux, remettent en cause une telle compréhension du hadith et mieux, en tirent argument pour soutenir le caractère autorisé de ce procédé pour déterminer le mois musulman. 

Pour un grand ouléma contemporain comme Yûsuf al qaradawi, si ce hadith devait impliquer une interdiction de ce procédé aux fins de la détermination du mois musulman, alors l’écriture serait aussi concernée. Et pourtant, une telle position est indéfendable eu égard à ce que le Coran, les hadiths, la pratique des compagnons et des oulémas de toutes les générations de musulmans jusqu’à nos jours montrent. C’est ainsi que le Coran valorise l’écriture à travers par exemple, les contrats de dette « Ô croyants ! Lorsque vous contractez une dette à terme, consignez-la par écrit. À cet effet, choisissez deux témoins parmi vous. N’omettez pas de mettre par écrit tout acte de prêt, quel qu’en soit le montant, et d’en préciser l’échéance. Cette façon de procéder est plus équitable auprès de Dieu, car non seulement elle confère plus d’autorité au témoignage, mais aussi elle écarte de lui toute espèce de doute » (Coran 2 : 282)

On peut aussi noter le calcul est utilisé pour déterminer les parts d’héritage, de la zakat, etc. Dans la même veine, le prophète (saws) a dicté le Coran à ses scribes et libérer les captifs de la bataille de Badr à la condition d’apprendre aux enfants musulmans à lire et écrire, au temps où le vainqueur d’une bataille avait le « droit » de mort et de vie sur le vaincu capturé. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), le premier Calife des musulmans a mis en place un comité ad hoc piloté par Zayd Ibn Thâbit, pour faire la première recension et consignation complètes du Coran. Et le Coran a été à la base de la codification de l’écriture arabe et de son expansion dans le monde. 

Revenons à présent au hadith du calcul en tant que tel. Comme le dit un des plus grands connaisseurs de la matière, Ibn Hajar, le contexte du hadith mentionné plus haut indique que le prophète (saws) s’adressait aux musulmans de son époque qui n’en connaissaient que quelques rudiments. De ce fait, c’aurait été trop difficile pour eux (les musulmans de l’époque du prophète – saws) de se voir obligé de recourir au calcul astronomique. On voit bien alors qu’on n’est pas dans une situation où c’est le moyen « al wasîla » en soi qui est illicite du point de vue de la Charia mais la difficulté de son utilisation au moment où le prophète (saws) en parle. De là à en tirer une interdiction catégorique et définitive pour les musulmans…d’ailleurs, le même Ibn Hajar soutient dans son commentaire dudit hadith, que c’est la sagesse (hikma) qui est le motif à la base de la prescription de l’observation visuelle du croissant de Lune pour déterminer le mois de Ramadan. Il ne doit pas nous échapper aussi que les oulémas comme Ibn hajar ne disent pas dans leur commentaire du hadith du calcul que le prophète (saws) a interdit le recours au calcul astronomique, ils procèdent à des interprétations et déductions qui se déclinent principalement en quatre arguments : i) pour ne pas rendre les choses trop difficiles aux musulmans (de l’époque ?), la Charia a prescrit l’observation visuelle du croissant de Lune et pas un autre moyen ; ii) s’en tenir à l’observation du croissant de Lune permet de prévenir les dissensions entre musulmans au sujet de la détermination du mois lunaire ; iii) de même, ce procédé est celui qui remplit les critères de facilité et d’accessibilité que la Charia met en avant relativement aux conditions requises pour accomplir une de ses prescriptions, ici, le jeûne du mois de Ramadan ; iv) le prophète (saws) a dit « si les nuages vous gênent, complétez le nombre à 30 » mais il n’a pas dit « demandez aux savants du calcul astronomique »

Si comme le disent certains oulémas et pas des moindres, la sagesse (hikma) qui a motivé l’interdiction du calcul, sur la base de ce hadith, réside dans l’intention de la Charia de faciliter et de rendre accessible pour tous le culte, ainsi que de prévenir les divergences, il n’est pas difficile de remarquer le caractère anachronique de cet argument pour notre temps. En effet, de nos jours, partout dans le monde on peut accéder aux données astronomiques. Les pays musulmans qui le veulent peuvent disposer de ces données et nombre de musulmans sont devenus compétents en astronomie à un niveau suffisant pour collecter, traiter et analyser les données astronomiques. La coopération scientifique internationale rend encore la chose plus facile. Quant aux divergences, on observe une inflation de prises de positions d’une confusion inouïe et triste à ce sujet. Chaque pays, chaque ouléma, chaque groupe, association, confrérie, etc., y va de son option…Tout cela a abouti à des déterminations farfelues et fantaisistes du mois musulman avec des contradictions et incohérences que tout le monde peut constater depuis quelques années avec la visibilité que les technologies de l’information et de la communication leur donne. A la veille du début du mois de Ramadan, les oulémas sont assaillis de questions sur qui et quel pays doit-on suivre.

Par contre, le recours au calcul astronomique aurait l’insigne avantage de rendre possible une détermination commune du mois musulman pour toute la Oumma et qui transcende toutes les sources de divergences qui ont abouti à la confusion actuelle. De ce point de vue, le calcul astronomique reste bien le procédé le plus à même de permettre d’éviter les divergences sur la détermination du mois musulman. Partout, de nos jours dans les pays musulmans comme ailleurs, des horaires perpétuels de prières sont disponibles à la grande satisfaction de tous. Il suffit de regarder la chaine de télévision saoudienne pour voir que les heures de prières pour le monde entier défilent sur une bande annonce au quotidien donnant à voir une belle image d’une conciliation appropriée entre modernité et Charia. Pourquoi ne devrait-il pas en être de même pour le mois musulman ?

Pourtant, la Salât constitue le pilier le plus important du culte musulman et le recours au calcul astronomique pour déterminer les temps légaux des cinq prières obligatoires ne semble pas être l’objet de frilosité et de méfiance comme on peut l’observer pour le mois musulman. C’est dans ce cadre qu’on comprend la position pertinente du grand ouléma Ahmad Ibn Muhammad Châkir qui soutient que ce qui était difficile en raison de l’incompétence des musulmans de l’époque du prophète (saws) ne l’est plus, donc l’empêchement d’hier est levé. Dans la même veine, le ouléma sénégalais Cheikh Ousmane qui a beaucoup travaillé et produit dans une perspective de conciliation entre Charia et Astronomie rappelle qu’en Droit islamique, on ne peut pas évoquer de façon perpétuelle une contrainte qui n’est plus d’actualité. 

Aussi, il est important de noter que le terme Oumma mentionné dans le hadith du calcul ne renvoie pas à la communauté des musulmans partout dans le monde jusqu’à la fin des temps comme de connu. En effet, on sait par exemple que le prophète (saws) a utilisé le même terme pour parler de la communauté des musulmans et des israélites lors de la rédaction de la charte ou la convention de Médine. Donc, il n’est pas justifié de mettre entre parenthèse cette Oumma à laquelle le prophète (saws) a fait référence dans l’expression « Nous sommes une Oumma illettrée (ummatun umiyya) » pour faire de l’incompétence de celle-ci en matière de calcul astronomique une contrainte à jamais insurmontable par la Oumma du Coran et de Muhammad (saws). Une telle compréhension se heurte au fait que les musulmans contemporains ne peuvent être qualifiés de Oumma illettrée ni d’incompétents en matière de calcul astronomique. Il faut bien relever que le prophète (saws) a commencé par parler d’une « Oumma illettrée » avant de poursuivre, ce qui donne raison aux oulémas qui disent que cette expression traduit un « ikbâr », c’est-à-dire, une information sur l’état de la Oumma à l’époque du prophète Muhammad (saws). C’est comme si on pouvait comprendre de ce hadith ceci : « puisque vous êtres illettrés, ne pratiquant pas le calcul astronomique et l’écriture, alors sachez que le mois musulman peut compter 29 ou 30 jours » On est loin d’une compréhension selon laquelle le recours au calcul astronomique est à jamais exclu en faveur du mode traditionnel arabe de détermination du mois musulman.

Les oulémas qui se sont penchés sur ce hadith du calcul expliquent aussi que la forme négative de l’expression « nous n’écrivons pas et nous ne comptons pas » indique une caractérisation du niveau de la grande majorité des musulmans de l’époque du prophète (saws) plutôt qu’un impératif (amr) de ne ni écrire ni calculer. Pour eux, les critères constitutifs de la proscription, le statut de harâm dans la Charia, connus des principologues musulmans ne sont pas réunis dans le hadith du calcul. Nous ajoutons, humblement, que si l’on regarde de près le contenu du hadith, on se rend compte qu’il parle du calcul en rapport avec la détermination du mois musulman en tant que tel. C’est très important de le savoir étant donné que l’une des sources de difficultés dans la détermination commune à toute la Oumma réside dans ceci que l’on fait la focale sur quelques mois notamment, le mois de Ramadan et du pèlerinage. En vérité, ce hadith pourrait nous servir à discuter de la détermination du mois musulman sur la base du calcul astronomique et d’en déduire toutes les dates revêtant une importance particulière pour le culte.

Un autre argument des défenseurs du maintien définitif de la pratique traditionnelle arabe de détermination du mois musulman consiste à soutenir que le prophète (saws) a bien dit d’estimer le mois à 30 jours en cas de ciel nuageux et pas du tout de demander à ceux qui connaissent le calcul astronomique. Une réponse est de dire que la pratique du compagnon Abdullahi ibn ‘Umar que nous avons déjà relatée indique que c’est une option parmi d’autres. De plus, ce qui aurait été difficile et contraire à l’esprit de la Charia c’est que le prophète (saws) ordonnât aux musulmans de son époque d’aller voir les rares individus experts en calcul astronomique qui résidaient dans des localités éloignées de la péninsule arabique, maitriser leurs langues et leurs langages mathématiques, confronter et vérifier les résultats des uns et des autres, et ce, pour chaque mois, etc. Donc, c’est demander aux musulmans de cette époque de s’adresser aux rares savants du calcul astronomique qui poserait problème et cela contredirait, le cas échéant, la sagesse qui consiste à faciliter l’accès à l’information sur le début et la fin du mois de Ramadan et par extrapolation, du mois musulman en tant que tel.

C’est dans ce cadre qu’on peut comprendre la mention par le prophète (saws) de l’estimation à 30 jours maximum en cas de gêne comme de la sagesse vu le contexte dont nous avons parlé à suffisance. Donc le comptage de 30 jours le mois en cours en cas de gêne est une estimation (taqdîr) et non une certitude. On rencontre ailleurs cette pratique de l’estimation lorsqu’un compagnon du prophète (saws) a dit qu’entre la prière de fajr et celle de Subh, ce dernier observait une pause équivalente à la récitation de 50 versets du Coran. Nous avons fait l’exercice avec des versets de longueur moyenne et trouvé une estimation de 10 minutes. Ibn ‘Abâs considérait que la distance légale pour raccourcir les prières obligatoires de 4 à 2 unités était celle entre la Mecque et la localité de Taïf, ce qui peut être estimé sur une carte à 100 km environ. La zakat en grain aussi est estimée entre 2, 5 à 3 kg puisque les gens n’ont pas les mêmes volumes de main, etc.

On voit bien que l’estimation (taqdîr) est bien connue dans le culte musulman et heureusement d’ailleurs contrairement à ce que pensent les obsédés de l’exactitude. Même les heures de prières sont estimées pour le pilier le plus important du culte car qui ose dire que le prophète (saws) priait à Xh Ymin Zsec… ! Dans la même veine, la Oumma peut se contenter de nos jours de l’estimation que les compétents en calcul astronomique fournissent sur l’instant de la conjonction à la seconde près. Et cela est un indicateur fiable et suffisamment précis du début d’un nouveau cycle lunaire.  Par expérience d’observation, le prophète (saws) a tenu à dire aux musulmans de son époque que le mois ne fait pas plus de 30 jours, donc il est logique de l’estimer à ce nombre en cas de ciel nuageux au 29e jour du mois en cours.

A ce sujet, Khalid Chraibi, qui a beaucoup écrit sur ce sujet, qu’Allah rétribue ses efforts sans compter, dit : « Or, les premiers astronomes convertis à l’islam (et dans leur sillage les juristes musulmans) savaient bien que la durée du mois lunaire se situait entre 29 j et 30 j, entre deux conjonctions, comme l’enseignaient déjà les astronomes babyloniens, deux millénaires auparavant ; ou entre deux observations de la nouvelle lune, comme le Prophète l’avait souligné dans différents hadiths. Le début du mois et sa durée étaient indépendants de la présence ou de l’absence d’observateurs et des conditions de visibilité » (https://oumma.com/le-mois-islamique-est-il-universel-ou-national/)

Assimilation, manque de confiance et anachronisme. Les défenseurs de l’obligation d’observer le croissant de Lune mentionnent dans leurs arguments leur conviction selon laquelle il n’y a pas de démarcation entre l’astrologie et l’astronomie. La peur de verser dans l’astrologie a conduit certains oulémas notamment les anciens au temps où l’astronomie était peu connue, à se méfier de celle-ci. Précisons à ce sujet que tout le monde est d’accord, sur l’interdiction catégorique selon le Coran et les hadiths, de l’astrologie qui consiste à prétendre établir une correspondance entre les astres et la destinée humaine. On peut comprendre cette attitude méfiance et de précaution eu égard au caractère de péché d’associolâtrie auquel conduit l’astrologie à une époque où seuls quelques rares individus pouvaient faire la part entre elle et les prédictions par le calcul astronomique. Car, les praticiens de ces deux approches utilisaient des tableaux et signes qui ne présentaient pas de différences pour les non-initiés.

Toutefois, l’astronomie moderne a acquis ses lettres de noblesse dans le champ scientifique : son objet, sa démarche, ses méthodes et outils obéissent aux mêmes exigences que les autres disciplines qui ont acquis une légitimité scientifique.  Dans ce cadre l’attitude islamiquement correcte est non pas de faire prévaloir ses préjugés sur l’astronomie mais de se renseigner auprès des « ‘ulamâ-ul falak » (les savants de l’astronomie et des sciences connexes) voire de l’apprendre si on en a les aptitudes. C’est la seule façon pertinente de pouvoir apprécier de façon juste le degré de fiabilité et de précision des données astronomiques (modèle de base, hypothèses, modèle de collecte de données, traitement et analyse, interprétation, marge d’erreurs, etc.). Aussi, le calcul astronomique offre l’avantage d’être une activité scientifique en principe pas assujettie aux tensions politiques, nationalistes, et sectaires (suivisme des écoles de pensée ou leaders d’opinion).

Dans ce cadre, il est instructif de noter que des oulémas anciens comme Taqyudin Subki (856H/1451) et Ar Ramli à la même époque ont été favorables au calcul astronomique. Subki plaidait pour que les gouvernants valident le témoignage visuel par les données astronomiques fiables alors que de son côté, Ar-ramli affirmait que le mois astronomique est le mois de Charia. Pour ce qui est de la question de la précision du calcul astronomique, nous avons déjà dit qu’il relève du même registre de l’estimation « Taqdîr » pour laquelle nous avons donné des exemples à suffisance.

On peut comprendre que par ignorance des avancées de l’astronomie, d’anciens oulémas comme An-nawawi et Ibn Taymiya qui ont vécu respectivement au 13e et 14e siècle aient eu à émettre de fortes réserves sur la fiabilité et la précision du calcul astronomique. Même si avant ou aux mêmes époques des scientifiques musulmans faisaient progresser l’astronomie en essayant de prédire la visibilité du croissant de Lune par le calcul astronomique (al khawârizmi, m.232H/847, Nasirudin at tusi, m.673H/1274) et beaucoup d’autres. Le problème majeur, c’est quand des oulémas des générations suivantes et contemporaines reproduisent sans une évaluation critique, les arguments de leurs prédécesseurs en déphasage avec le contexte scientifique de leur propre époque (celle des contemporains). Cette attitude d’imitation (taqlîd) ne saurait être légitime pour un ouléma authentique sauf accident. Fort heureusement, des oulémas contemporains susmentionnés ont plaidé en faveur du calcul astronomique.

De leur côté, des scientifiques musulmans contemporains reconnus pour leurs compétences en astronomie et sciences connexes comme Muhammad Ilyâs, Muhammad Odeh, Nidhal Guessoum, Karim Meziane et Syed Khalid Shaukat se sont distingués dans les efforts de conciliation entre visibilité, observabilité, et prédiction de l’instant de la conjonction. Toutefois, ils ont reconnu les difficultés de l’exercice et reconnaissent comme le fait Nidhal Guessoum qui y a beaucoup travaillé, qu’une solution satisfaisante n’a pas été trouvée dans cette perspective de conciliation entre la prédiction de l’instant de conjonction et la visibilité ou la première visibilité du nouveau croissant de Lune par un observateur sur terre.

Les efforts faits pour aboutir à une représentation des zones de première visibilité sur la carte du globe sont très louables et permettent d’avoir une représentation géographique plus précise que les notions d’horizon/levant unique ou différent (wahdatul matâli ‘/ikhtilâful matâli ‘) qu’on trouve dans la littérature sur la détermination du mois musulman. Cette ancienne notion d’horizon/levant est scientifiquement juste en ce qu’elle dit que certaines parties du monde partagent le même levant, c’est-à-dire, sont ensemble concernées par l’apparition du nouveau croissant de Lune (si le ciel et la géographie s’y prêtent), mais s’est longtemps heurtée à la difficulté de sa projection géographique. Pour s’en rendre compte, il suffit de recenser les différents points de vue des oulémas sur ce que représentent ces zones de même horizon/levant. Cela se comprend vu l’incompétence des oulémas de la Charia surtout des anciennes générations en matière d’astronomie et de géographie. 

De son côté, la Ligue islamique mondiale se limite dans ses recommandations à dire que le calcul de l’instant de la conjonction doit servir de base à valider la possibilité de la visibilité (imkâniyatur ru-e-ya) à confirmer ou infirmer par le témoignage visuel. En tout cas, cette position de l’Académie de Fiqh de la Ligue islamique mondiale introduit une avancée significative même si encore timide de notre point de vue, vu qu’elle est passée outre l’avis des oulémas « traditionalistes » (au sens de qui pensent être fidèle à la « tradition ») qui ne veulent pas entendre parler de calcul astronomique en matière de détermination du mois musulman.

Des institutions pionnières comme le Comité Européen de Recherche et de Fatwa (CERF), le Conseil Théologique Musulman de France (CTMF) et le Conseil de Fiqh d’Amérique du Nord (CFAN) déterminent depuis quelques années le mois musulman sur la base de la prédiction par le calcul astronomique de l’instant de la conjonction vraie et des zones de première visibilité. Au Sénégal, le travail pédagogique que nous sommes en train de faire en collaboration avec l’Association sénégalaise pour la promotion de l’astronomie (ASPA) et avec l’appui scientifique de Patrick Rocher, qui a travaillé jusqu’à sa retraite sur le calendrier musulman alors qu’il était à l’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides (IMCCE), est suivi attentivement par l’opinion publique musulmane, les scientifiques et les oulémas. Patrick Rocher a pendant des années été sollicité par la Mosquée de Paris pour fournir à cette importante institution musulmane des données astronomiques pour aider à la détermination du mois musulman. Je profite de ces lignes pour témoigner encore mille fois toute ma gratitude. En lisant les réponses qu’il donnait à mes questions, ma compréhension des versets ou plus fidèlement à la terminologie coranique, des signes (âyât) « cosmiques » devenait de plus en plus exigeante et humble. 

Que proposons-nous ?

Suite à la recension des évolutions notées chez aussi bien les oulémas de la Charia que de l’Astronomie notamment contemporains, notre conviction est faite. Il est temps de s’atteler à l’élaboration d’un calendrier musulman perpétuel sur la base du calcul astronomique. A cette fin, nous proposons la démarche suivante en neuf (9) points :

  • Contexte et justification d’un calendrier musulman perpétuel ;
  • Notre vision du calendrier musulman perpétuel ;
  • Notre définition du calendrier musulman perpétuel ;
  • Objectifs et exigences ;
  • Principes directeurs ;
  • Critères de construction ;
  • Définition du mois musulman ;
  • Définition du premier jour du mois musulman ;
  • Application de notre modèle.   

 

Contexte et justification :

 

  1. Depuis des années, un certain malaise s’installe chez les musulmans à l’approche du mois de Ramadan en raison de désaccords sur les dates de début et de fin de ce mois dont l’importance dans le culte musulman est connue ;
  2. Cette ambiance de confusion résulte de considérations politiques (obsession de souveraineté, volonté de leadership), religieuses (interprétation des textes), et d’une certaine méfiance à l’égard de la science moderne et notamment du calcul astronomique ;
  3. Présentement, l’inexistence de calendrier musulman perpétuel fait qu’il n’est pas possible de planifier les dates du culte ni celles de la vie civile de façon harmonieuse pour tous les musulmans du monde et avec le calendrier grégorien ;
  4. Le calendrier basé sur l'observation du croissant de Lune n'est utilisé dans les sociétés musulmanes contemporaines que pour déterminer les dates des célébrations religieuses alors que pour la vie civile c’est le calendrier grégorien qui prime en raison entre autres de sa stabilité ;
  5. Depuis quelques décades, le travail d’éminents astronomes et oulémas jurisconsultes ainsi que des rencontres d’échange interétatiques (entre les pays musulmans) ou non ont permis des avancées intéressantes dans une logique de conciliation entre les prévisions astronomiques et la visibilité ou l’observabilité du croissant de Lune ;
  6. La détermination, encore majoritaire au sein des musulmans, des débuts et fins des mois musulmans reste prisonnière du supposé consensus (ijma ‘) ancien sur le caractère obligatoire (du point de vue de la Charia) de l’observation visuelle du croissant de Lune ;
  7. Les tentatives de conciliation entre le calcul astronomique et la possibilité de voir à l’œil nu et/ou à l’aide d’instruments optiques le croissant de Lune n’ont pas abouti à des résultats satisfaisants ;
  8. La détermination, acceptée de nos jours par la majorité des musulmans, des horaires de prières sur la base du calcul astronomique lié au mouvement du Soleil peut inspirer la même démarche pour les mois musulmans vu que c’est le même procédé qui est utilisé pour la Lune ;
  9. Durant son califat (634-644), Umar Ibnul Khattab a institutionnalisé la date de l’hégire pour servir de référentiel temporel aux musulmans répondant ainsi à un contexte et à des besoins nouveaux ;
  10. Le temps est venu pour la Oumma de s’inspirer de cet ijtihâd exemplaire et plein de promesse pour notre temps afin d’aller de l’avant et préférer la précision du calcul aux difficultés liées à l’observation visuelle du croissant de Lune ;
  11. Il est possible, dans les meilleurs délais, si la volonté existe de la part des gouvernants et des oulémas de l’astronomie et de la charia, et si les masses musulmanes sont sensibilisées à cette fin, de disposer d’un calendrier musulman perpétuel aussi bien civil que religieux et d’en finir avec les malaises de Lune ;

 

Notre définition du calendrier musulman perpétuel :

 

« Le calendrier musulman perpétuel est un système de division du temps basé sur le calcul astronomique indiquant les jours, semaines et mois d’une année de 12 mois lunaires, assortis d’informations relatives aux dates du culte et de l’histoire des musulmans. Un cycle lunaire est le temps qui s’écoule entre deux conjonctions successives » 

 

Notre Vision :

  • Notre contribution vise à favoriser la construction et l’adoption d’un calendrier musulman perpétuel valable au plan civil et religieux sur la base du calcul astronomique.

 

Objectifs et exigences :

 

  • Reconnaitre que le mois musulman est non pas une représentation mystique ou fantaisiste du temps mais une estimation de celui-ci basé sur le cycle de la Lune dont la durée est le temps qui s’écoule entre deux conjonctions consécutives ;
  • S’accorder sur le fait que le cycle de la Lune indiqué par le Coran est un phénomène astral étudié par les oulémas de l’astronomie et des sciences connexes dont les résultats fiables doivent être reconnus et respectés par les non spécialistes ;
  • Promouvoir la recherche pour améliorer les théories et les calculs astronomiques et les confronter avec les observations aux fins d’avoir toujours plus de données fiables et à un haut degré de précision ;
  • Favoriser un consensus au sein de la Oumma autour d’un calendrier musulman perpétuel basé sur le calcul astronomique ;
  • Formuler les règles de correspondance avec les autres calendriers utilisés dans le monde actuel notamment celui grégorien.

 

Principes directeurs :

 

  • Considérer comme licite et approprié, la détermination du mois musulman par le calcul astronomique ;
  • Se baser sur le calcul de l’instant de la conjonction en considérant qu’il suffit de savoir et pas obligatoirement de voir ;
  • S’en remettre aux institutions scientifiques légitimes et fiables pour accéder aux données astronomiques ;
  • Respect de la convention qui veut que le jour musulman commence au coucher du Soleil.
  • Ne plus dépendre de la pratique traditionnelle d’observation du croissant de Lune après le coucher du Soleil du 29e jour

 

Critères :

 

  • L’hégire est le référentiel historique du calendrier musulman, au moment où nous écrivons on est au mois de Cha ‘bân, 1439 H ;
  • L’instant de la conjonction vraie donné par le calcul astronomique est la référence universelle pour le début et la fin du mois lunaire musulman;
  • Le jour musulman est le temps qui s’écoule entre deux couchers de Soleil consécutifs ;
  • La correspondance avec le jour « grégorien » qui s’écoule entre deux minuits consécutifs doit être correctement établie ;
  • A l’instant de la conjonction vraie, l’âge de la Lune est de 0 ;
  • Le premier jour de la semaine correspond au dimanche et le dernier au Samedi ;
  • Le référentiel temporel (ligne de datation internationale) sera le Temps Universel Coordonné (UTC) qui a remplacé la référence GMT ;
  • Vu son statut symbolique pour les musulmans et la nécessité d’avoir une ville référence pour les besoins du calendrier, les coordonnées (longitude, heure légale) de la Mecque pourraient servir de repère géographique pour le reste du monde musulman ;

 

Notre définition du mois musulman : « Le mois musulman est le temps d’un cycle lunaire, en jours de 24 heures, s’écoulant entre deux conjonctions consécutives. Il est de 29 ou de 30 jours »

Notre définition du premier jour du mois musulman : « Au coucher du Soleil qui se produit après la conjonction vraie, commence le premier jour du mois musulman. Au coucher du Soleil qui se produit après la conjonction suivante, prend fin ce même mois »

Remarque :

Il est utile de retenir la définition conventionnelle du jour « musulman » : un jour « musulman » de 24h Yawm en arabe comporte deux parties : Layl (nuit) et Nahâr (journée). Le Nahâr correspond à la durée entre deux couchers de Soleil consécutifs. Le Layl correspond à la durée entre le coucher du Soleil et le lever de l’aube Fajr.

Implication : il faut savoir faire la correspondance entre jour « musulman » et jour « grégorien » qui, par convention, se mesure entre deux minuits consécutifs toute l’année et partout.

 

Application de notre modèle à trois capitales : Dakar, la Mecque et Paris

 

Nous allons prendre trois exemples pour illustrer les résultats auxquels notre modèle permet d’aboutir sur la base du calcul astronomique effectué par Patrick Rocher[8] : l’application se limitera à la détermination du début de ce mois de Ramadan 1439/2018 pour Dakar, la Mecque et Paris.

 

Pour Dakar

Conjonction prochaine : le mardi 15/05/2018 à 11h 47min (UTC) même heure à Dakar (pas de décalage horaire) ;

Coucher du Soleil 19h 29min UTC ;

Coucher de la Lune 20h 45min ;

Le mercredi 16/05/2018 sera le premier jour du mois de Ramadan de l’année 1439 de l’Hégire ; 

Parce-que, selon le double critère mawlawien (l’instant de la conjonction qui marque le début d’un nouveau cycle lunaire et le coucher du Soleil, celui du début du jour « musulman ») que nous avons adopté, le jeûne va commencer à l’aube Fajr du 16 mai 2018 qui sera le premier jour du mois de Ramadan.

 

Remarque : l’instant du coucher du Soleil est universel, il est donc le même pour Dakar, la Mecque et Paris. C’est la correspondance en heure locale donnée en UTC qui varie.

 

Pour la Mecque

Conjonction prochaine : le mardi 15/05/2018 à 11h 47min (UTC), 14h 47min heure de la Mecque (décalage horaire de 3h – UTC +3) ;

Coucher du Soleil 18h 51min UTC ;

Coucher de la Lune 19h 56min UTC ;

Le mercredi 16/05/2018 sera le premier jour du mois de Ramadan 1439H

 

Pour Paris

Instant de la conjonction prochaine, le mardi 15/05/2018 à 11h 47min (UTC), 13h 47min heure de Paris (décalage horaire de 2h) ;

Coucher du Soleil 17h 11min UTC ;

Coucher de la Lune 18h 34min UTC ;

Le mercredi 16/05/2018 sera le premier jour du mois de Ramadan 1439H

 

Remarque générale :

Cette application de notre modèle sur les capitales de trois pays dont deux à majorité musulmane se fonde bien entendu sur les données du calcul astronomique. Au cas où un de ces pays fait l’option de l’observation oculaire et/ou avec l’aide d’instruments optiques, cette date pourrait être remise en cause. Par contre, si le critère retenu est la première visibilité du nouveau croissant de Lune, au coucher du Soleil le mardi 15 mai 2018, les pays où le nouveau croissant de Lune ne sera pas visible à cette date et où celle-ci correspond au 29e jour du mois de Cha ‘bân, pourraient débuter le jeûne du mois de Ramadan le jeudi 17 mai 2018. A moins qu’un pays se base sur un autre où le nouveau croissant de Lune sera visible le 15 mai 2018 comme cela est attendu selon le calcul astronomique du côté des Amériques. Mais dans ce cas de figure, il faudrait aussi selon l’Académie mondiale du Droit islamique (Fiqh) que le pays qui se base sur un autre où le nouveau croissant de Lune est visible partage tout ou partie de la même nuit que ce dernier.

 

Qu’en sera-t-il du Sénégal ? Selon la CONACOC, le 29e jour de ce mois de Cha ‘bân sera le mercredi 16 avril 2018. Donc, si elle valide le témoignage de visibilité ce jour du 16 mai 2018, ce qui est attendu vu le délai depuis la conjonction du 15 mai, elle annoncera la date du jeudi 17 mai comme premier jour de ce mois de Ramadan 2018/1439H. Si par surprise, aucun témoignage visuel n’est validé ce mercredi 16 mai 2018, la CONACOC annoncera la date du vendredi 18 mai comme premier jour du Ramadan en application de la règle de l’estimation à 30 le mois en cours. Si la date du 18 mai était annoncée, on serait en présence d’une incohérence flagrante avec les données du calcul astronomique.

 

Ahmadou Makhtar Kanté

Imam, écrivain et conférencier

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[1] C’est le Cheikh Ahmad Ibn Mohammed Châkir Ibn Ahmad Ibn Abdil-Qâdir, (1892-1958). Il est un des plus grands oulémas contemporains du hadith. Il exerça dans quelques postes judiciaires avant d’être nommé juge à la tête de la plus haute cour religieuse d’Egypte, position qu’il occupa jusqu’en l’an 1951

[2] Cheikh Faysal Al Mawlawy, As-sabab ach-char ‘y liwoujoubi siyâmi ramadan, hal houa doukhoulou chahri am rou-yatoul hilâl ? (La cause légale de la prescription du jeûne du Ramadan : est-ce l’avènement du mois ou la vision du croissant lunaire ?), 18e séminaire de Duban, 1429H/2008. Ce défunt Cheikh d’origine libanaise est reconnu par ses pairs pour ses compétences de jurisconsulte (faqîh) émérite et a été le secrétaire général du Comité européen de recherches et de Fatwa (CERF).

[3] Ahmad Chakir cité par Youssouf Al Qaradawi, « La sounna du Prophète », Ed. Al Qalam, 2002, pp.190-191

[4]De nos jours, les astronautes et spécialistes de sciences connexes peuvent photographier le nouveau croissant âgé seulement de quelques minutes après la conjonction. 

[5] Cheikh Faysal Al Mawlawy, « La cause légale de la prescription du jeûne du Ramadan : est-ce l’avènement du mois ou la vision du croissant lunaire ? », 18e séminaire de Duban, 1429H/2008, p.60 

[6] Le terme coranique est « ahilla » (phases de la Lune, ce qui en apparait à l’observateur terrestre au cours du cycle lunaire)

[7] Pèlerinage à la Mecque 

[8] Patrick Rocher est un astronome qui a travaillé à l’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides (IMCCE), Observatoire de Paris. Depuis quelques années, nous échangeons sur des questions relatives au calcul astronomique et à sa contribution à la détermination du mois lunaire. 

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42 Responses Found

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