lundi 12 avril 2021
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Le conflit entre science et religion : une thèse « sans Histoire » (Par Peter Harrison)

Le conflit entre science et religion : une thèse « sans Histoire » (Par Peter Harrison)

Peter Harrison.

La thèse d’un conflit nécessaire et naturel entre la science et la religion a structuré en profondeur l’imaginaire de la pensée moderne. Pour autant, cette vision qui a servi de moteur à la thèse d’une sécularisation inévitable du monde apportée par le développement de la science a été invalidée par l’histoire. Spécialiste de l’histoire de la pensée européenne et des rapports entre science et religion, directeur de l’Institut des hautes études en sciences humaines de l’Université du Queensland, Peter Harrison est l’auteur de l’ouvrage « Territoires de la science et de la religion » (2015) et l’éditeur du livre « Récits de la sécularisation » (2017). Il revient, dans un article traduit par Mizane.info, sur les éléments de cette construction historique.

En 1966, il y a un peu plus de 50 ans, le distingué anthropologue Anthony Wallace prédisait avec assurance que la science finirait par disparaître dans le monde entier : « La croyance dans le surnaturel est vouée à disparaître partout dans le monde grâce à la diffusion croissante des connaissances scientifiques ».

La vision de Wallace n’était pas exceptionnelle. Au contraire, les sciences sociales modernes, qui se sont formées dans l’Europe occidentale au XIXe siècle, s’étaient inspirées de leur propre expérience historique récente de la sécularisation en tant que modèle universel.

L’hypothèse défendue par les sciences sociales supposait ou prédisait que toutes les cultures convergeraient finalement vers quelque chose qui ressemblerait approximativement à une démocratie laïque, occidentale et libérale.

Pourtant, non seulement la sécularisation n’a pas poursuivi sa marche mondiale mais des pays aussi variés que l’Iran, l’Inde, Israël, l’Algérie et la Turquie ont soit remplacé leurs gouvernements laïcs par des gouvernements religieux, soit assisté à la montée en puissance de mouvements nationalistes et religieux influents.

La sécularisation, telle que prédite par les sciences sociales, a échoué.

Le déclin de la croyance dans les pays occidentaux

Pour être sûr, cet échec n’est pas sans réserve. De nombreux pays occidentaux continuent à assister à un déclin de leurs croyances et pratiques religieuses.

Les données de recensement les plus récentes publiées en Australie, par exemple, montrent que 30 % de la population déclare ne pas avoir de religion et que ce pourcentage est en augmentation.

Des enquêtes internationales confirment des niveaux d’engagement religieux relativement faibles en Europe occidentale et en Australie. Même les États-Unis, source d’embarras de longue date pour la thèse de la sécularisation, ont assisté à une montée de l’athéisme.