lundi 12 avril 2021
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Pour une réforme religieuse au Sénégal (Par Khadim MBACKE Chercheur à la retraite)

Pour une réforme religieuse au Sénégal (Par Khadim MBACKE Chercheur à la retraite)

Le Sénégal est un pays profondément religieux. L’Islam, en particulier, a un impact sur tous les aspects de la vie des Sénégalais. Leur culture commune est très fortement imprégnée de cette religion dont l’apport a été très positif à plusieurs égards. En effet, elle a largement contribué au brassage ethnique, au rapprochement des clans et des familles à travers l’encouragement des alliances matrimoniales ainsi qu’à la pacification du pays et au développement culturel, social et économique, comme le montrent les nombreuses études faites sur les ordres religieux du Sénégal.

Toutefois, l’analyse des rapports régulièrement produits depuis le 17e siècle sur l’impact des enseignements de l’Islam sur la société sénégalaise fait ressortir une compréhension très superficielle des préceptes par la majorité de ses adeptes. Cette réalité se traduit non seulement par la résistance du syncrétisme mais aussi par une confusion persistante entre la tradition et la religion, ainsi que par un renversement continu de l’ordre normal des choses consistant à mettre en relief le secondaire et à négliger l’essentiel.

Aussi, les Sénégalais ont le droit de se poser des questions légitimes sur la situation de l’Islam dans leur pays :

-        L’apport incontestable de l’Islam sous sa forme confrérique, au cours des deux derniers siècles, l’a-t-il été au détriment de l’orthodoxie musulmane universelle ?

-        L’Islam aurait-il pu être si populaire dans le pays s’il avait revêtu la forme stricte sous laquelle il est pratiqué ailleurs ?

-        Aurions-nous ramené la dimension de l’Islam à notre niveau ?

-        Serions-nous incapables de vivre notre religion dans sa plénitude, comme l’ont pensé certains africanistes ?

-        Est-il superflu de parler de réforme ?

La réforme dont il est question ne vise pas une normalisation de « l’islam noir » par rapport à l’Islam universel. Elle ne rime pas aussi avec l’importation de conceptions « étrangères » de l’Islam. Il s’agit plutôt d’un nécessaire retour au Message universel qui est commun à tous les musulmans et qui renferme des valeurs qui libèrent l’homme de toutes dominations et lui donnent la force spirituelle et la lumière lui permettant de progresser résolument dans un monde secoué par toutes sortes de crises.

L’Islam peut encore et pendant longtemps continuer de jouer un rôle déterminant dans la vie des musulmans sénégalais. Encore faudrait-il qu’ils sachent se doter de dirigeants bien instruits, compétents et intègres. En Islam, le pouvoir religieux ne s’hérite pas. Celui qui l’assume doit posséder des qualités qui font de lui un digne représentant du Prophète Muhammad (Psl).

L’héritage du pouvoir religieux a été la cause du phénomène très caractéristique de « l’islam sénégalais » que beaucoup de chercheurs étrangers ont constaté : un progrès quantitatif accompagné d’une régression qualitative. En effet, le pourcentage de musulmans dans la population sénégalaise semble augmenter régulièrement depuis le début du 19e siècle. Mais, cette progression est due moins à une prédication qu’à l’attrait des ordres religieux qui ont connu, en peu de temps, un développement fulgurant et ont pu mettre en place des réseaux de solidarité de nature à réaliser des intérêts divers.

L’assainissement des milieux religieux passe, d’une part, par l’adoption de critères clairs et objectifs d’accession au pouvoir religieux dans les confréries et, d’autre part, par l’élaboration d’un plan d’actions pour chaque grande communauté religieuse.

Chaque confrérie se doterait d’un Conseil supérieur qui regrouperait des représentants des sous-groupes qui la composent. Ce Conseil se pencherait sur les grandes questions qui concernent la vie de la communauté. Il prendrait des décisions appropriées et veillerait à les faire appliquer. Il commencerait par définir les critères d’accession au pouvoir suprême dans l’ordre. Ces critères, en plus des qualités intellectuelles, spirituelles et morales et des connaissances religieuses requises, pourraient intégrer les apports à l’Islam et les services rendus à la communauté musulmane. Tout potentiel candidat au poste de calife qui n’aurait à son actif aucun apport décisif serait exclu, quels que soient ses liens et son degré de parenté avec son fondateur.

Le chef suprême de la confrérie élaborerait un plan d’actions qui, discuté et approuvé par le Conseil supérieur, serait appliqué par la confrérie.  A cet égard, une place de choix serait accordée à l’éducation et à la formation. Nul n’ignore que les confréries sénégalaises détiennent d’importantes ressources. Toutefois, cette richesse n’est pas nécessairement investie au profit du développement économique et social du pays. Chaque confrérie pourrait créer un réseau d’établissements privés où on dispenserait un enseignement moderne de haute qualité, en même temps que l’enseignement islamique. Leurs diplômés pourraient ainsi poursuivre leurs études dans n’importe quelle grande université du monde.

Les communautés religieuses peuvent, en outre, créer des centres de formation professionnelle pour accueillir leurs disciples et d’autres qui ne voudraient pas ou ne pourraient pas suivre des études universitaires.

L’accession de compétences à la tête des confréries ferait de l’Islam un moyen de développement humain au Sénégal. Pour ce faire, les structures proposées devraient être instituées et comprendre des membres capables de les faire fonctionner de manière efficiente. Dans cette perspective, le pouvoir politique devrait être amené à comprendre qu’un pouvoir religieux sain et bien exercé n’est nullement un « conquérant » gênant mais plutôt un partenaire nécessaire.

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Khadim MBACKE

Chercheur à la retraite

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