lundi 12 avril 2021
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Le dessert aux uns et les cartouches de la mort aux autres de Thiaroye : le président Macky Sall efface Aimé Césaire et oublie la leçon de Birago Diop

Le dessert aux uns et les cartouches de la mort aux autres de Thiaroye : le président Macky Sall efface Aimé Césaire et oublie la leçon de Birago Diop

La presse a rapporté les propos du président de la république, monsieur Macky Sall lors de la présentation du tome 1 de son livre « Conviction républicaine » selon lesquels, grosso modo, l’amitié qui liait les français aux tirailleurs sénégalais se voyait dans les « distingués » desserts qui leur étaient offerts. Ces mots ne me font pas rire, et je les trouve maladroits et en complet déphasage avec la souffrance et l’aliénation des populations colonisées qu’implique le projet colonial quel qu’il soit et notamment français. Je note une mise entre parenthèse du processus de déshumanisation et de crimes contre l’humanité que le président français actuel, monsieur Macron, lui, a assumé quant à la colonisation lors d’une émission en Algérie. Alors que notre président préfère retenir les desserts qui auraient fait des jaloux chez les autres africains. Nos grands diplomates et autres intellectuels voire le citoyen sénégalais tout court ne sauraient cautionner ce genre de propos. Rien de pertinent, de profond, de sage, de solidaire avec les africains dans ces propos…

Je ne pense pas que les français aient eu à considérer les nazis à Paris comme des amis même si on peut supposer que ces derniers aient pu offrir des desserts ou choses de ce genre à certains d’entre eux, collabos ou non. Le président veut-il revenir au « mal nécessaire » irrecevable et point aveugle de la pensée de Senghor ? Le président s’est-il demandé si les tirailleurs sénégalais étaient des hommes libres aux côtés des colons français pour se satisfaire de « desserts » ?

Et puis, la référence à la bouffe me gêne beaucoup. De tels propos mettent en cause ce que devrait être la philosophie de base d’une vraie émergence et d’une conviction qui rassure : l’estime de soi et la libération des esprits de la colonisation mentale. Quand Sékou Touré de la Guinée a réclamé l’indépendance à De Gaule, on sait ce qui s’ensuivit en termes de destruction d’infrastructures et autres actes de représailles comme pour dire « soyez libres sans jamais oublier que vous devez être nos amis » Signe que pour la France coloniale, amitié et soumission étaient indissociables... Et les tirailleurs de Thiaroye, qu’ont-ils reçu des « amis » français sinon des desserts de cartouches ? Dommage que dans sa promenade mémorielle, le président n’ait fait attention ni aux propos de ce même De Gaule disant que les Etat n’ont pas d’amis mais des intérêts. Plus problématique, le président Sall n’a pas retenu ou voulu le faire, la leçon de Birago Diop : «Quand la mémoire va chercher du bois mort, elle ramène le fagot qui lui plaît »

Et Comment ne pas penser à Aimé Césaire qui a écrit dans son discours sur le colonialisme : Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. [...] J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme. On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés. Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières »

C’est heureux que le chargé de la communication du président, monsieur Kassé corrige en disant : « c’est une boutade, il ne s’agit pas de faire l’éloge de quelque épisode que ce soit de la colonisation » A chacun d’en juger.

 

Ahmadou Makhtar kanté

Imam, écrivain et conférencier

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